Attendre le pardon en vain ?


Emotions / mercredi, mars 7th, 2018

Le pardon : fait de ne pas tenir rigueur d’une faute ; rémission d’une offense ; accorder son pardon

(Source Dictionnaire Larousse)

Le pardon est une notion inculquée aux enfants dès le plus jeune âge. On nous apprend que, quand on fait une bêtise, il faut demander pardon. Bien. Jusque-là, on baigne dans les bases de l’éducation à peu près communes à tout le monde : dire merci, s’il te plait, pardon et moucher son nez quand on dit bonjour à la dame.

Tant qu’on arrive à respecter le concept et que tout le monde s’applique à le mettre en œuvre autour de nous pour donner le bon exemple, tout va bien. Seulement voilà. Comment on fait quand la situation est inversée, quand on est victime d’une bêtise commise par un adulte, et que le pardon ne vient pas ?

Ah. La tuile. Pourquoi on ne me demande pas pardon ? Pourtant, je souffre là, eh oh ! Je souffre j’ai dit ! Non ? Tout le monde s’en tape ?…Mince…Il doit y avoir une autre explication. On ne peut pas m’avoir sermonnée tout ce temps avec ce concept, s’il ne tient pas debout. Non, c’est sûr, quand on fait une bêtise ou qu’on fait du mal à quelqu’un, il faut dire pardon. Je l’ai appris.

Bon. Voyons ça d’un peu plus près.

Pourquoi est-ce qu’on ne me demande pas pardon ?

Ça se trouve, c’est parce que ce n’est pas une bêtise. Peut-être que finalement, ce n’est pas si mal que ça. Oui mais j’ai mal. Alors peut-être que le fait que j’ai mal, ce n’est pas très important. Peut-être que je mérite d’avoir mal. Peut-être qu’avoir mal, ce n’est pas grave. Peut-être qu’avoir mal, c’est normal. Peut-être que, finalement, c’est moi qui ai fait une bêtise, et on me fait souffrir pour me punir. Du coup, ça se trouve, c’est à moi de demander pardon.

Bon. Mais je ne vois pas ce que j’ai fait de mal. Personne ne m’a expliqué que j’avais commis une erreur. Ou alors je n’ai pas fait attention ? Je ne comprends plus rien. Je ne peux même pas aller dire pardon parce que je ne sais pas ce que j’ai fait.

Alors c’est comme ça, c’est tout. Je souffre, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas si c’est parce que j’ai fait une bêtise, ou si c’est pour me punir, si je mérite d’être punie, si on viendra me demander pardon, ou si je dois aller m’excuser. Ça doit être comme toutes ces choses qu’on ne veut pas me dire : je comprendrai quand je serais grande.

Et le temps passe.

On devient grande, et on commence à comprendre. Demander pardon, c’est reconnaître son erreur. Et parfois, il arrive que certaines personnes ne veuillent pas reconnaître leur erreur, soit parce qu’elles sont dans le déni le plus total et ne se rendent pas compte qu’elles ont commis une faute, soit parce qu’elles ont honte de reconnaître leur tort. Seulement parfois, pour guérir une blessure, on a besoin de ce pardon. Et quand il ne vient pas, ça devient compliqué.

Ça devient compliqué parce qu’on a la douloureuse sensation que le pardon doit absolument venir. Alors on va parfois le chercher ailleurs. Il y a eu préjudice, il doit y avoir un pardon, sinon, tout fou le camp !

Et si je me pardonnais à moi-même ? Bon, ce n’est pas exactement le pardon que j’aurais voulu, mais c’est un début. Je vais me pardonner à moi-même d’avoir subi de la maltraitance, parce que j’étais trop petite pour comprendre ou pour pouvoir réagir, et que ce n’était pas ma faute. C’est l’autre qui a commis la bêtise, pas moi. Alors je peux me pardonner, parce que maintenant je sais que je n’y étais pour rien.

D’accord. Mais quand même. Je sens bien que ce n’est pas réglé cette histoire. Il est hors de question que je pardonne ce qu’on m’a fait subir. Il faut que quelqu’un paye.

Oui, mais pour le moment, la seule qui paye, c’est moi. C’est injuste. Je demande réparation. Et tant que je n’aurai pas obtenu mon dû, je n’aurais de cesse de l’attendre. Je vais m’asseoir là, et attendre, les bras croisés en faisant la tronche, parce que je suis fâchée. Voilà, j’attends. Je m’en fou j’attends ! Le monde peut bien s’arrêter de tourner, la vie peut bien continuer, moi, j’attends mon pardon.

Longtemps.

C’est long quand même.

Oui, oui, je sais, j’ai une vie à construire, mais avant, j’attends mon pardon. Je boude.

Indéfiniment peut-être ?

Et s’il ne venait jamais, le pardon tant attendu ? Vais-je passer le reste de ma vie à l’attendre pour pouvoir avancer ? Ma vie défile vite quand même…Et puis il faut bien se rendre à l’évidence, le pardon n’a pas l’air de venir. Pire que ça, tout le monde s’en fou. Il n’y a que moi qui attends, plantée là. Les autres passent devant moi, les bras chargés de rêves, de projets et de bonheur. Ça a l’air sympa, quand même.

Par curiosité, je vais jeter un œil. Mais j’attends toujours hein ! Il ne faut pas croire ! Ce n’est pas parce que je regarde ailleurs que je ne guette plus le pardon !

Alors, en quoi ça consiste leur jeu ? On va chercher un rêve, d’accord, et puis on le met dans un sac à dos, et on avance jusqu’à la prochaine étape de la montagne. Oh là là, elle est haute cette montagne ! Il y en a qui sont rendus haut déjà ! Bon, je vais chercher un rêve. Voilà. Il n’y a plus qu’à le mettre dans mon sac à dos, et je pourrai moi aussi grimper un peu plus haut sur la montagne.

Ah bah oui mais non ! Mon sac est déjà plein ! J’ai mon passé douloureux, mes jumelles pour guetter le pardon, et toutes mes blessures. Je ne peux quand même pas tout laisser ici sous prétexte qu’il faut transporter un rêve ! Et puis si je monte sur la montagne, je vais perdre de vue l’autre là, qui dois venir m’apporter sa demande de pardon ! Quel dilemme !

Quand même, ça a vraiment l’air sympa et marrant de gravir la montagne.

Peut-être que, je ne sais pas hein, juste une supposition…Je pourrais arrêter d’attendre, laisser un peu de mes blessures ici, pas tout évidemment ! Juste un peu…Juste de quoi faire un peu de place à mon rêve dans mon sac. Parce que j’aimerais bien aller jouer à gravir la montagne, moi aussi. Ça me changerait un peu, je commence à m’ennuyer, assise ici, à attendre ce pardon qui ne vient pas. C’est un peu monotone, et puis toujours penser à mes blessures, ce n’est pas très marrant. Je commence à en avoir un peu marre, pour être honnête.

Allez, je me lance.

Je vais faire de la place dans mon sac déjà, tient je vais laisser ça ici, ça ne me sert plus à rien. Parfait, juste de quoi y mettre mon rêve.

Un dernier regard vers le passé pour vérifier que le pardon n’arrive pas, ce serait quand même dommage de le louper ! Non. Toujours rien. Bon.

J’ai un peu peur, mais je vais quand même y aller. Je me lève, et je commence à avancer. Je croise des gens qui me font des signes pour m’indiquer le chemin, je commence à grimper la montagne, avec mon rêve dans le sac à dos.

Je ne sais pas si ça vaut le coup, mais de toute façon j’en avais marre d’attendre.

Finalement, moi j’attendais le pardon, et l’autre là, il n’avait pas du tout l’intention de me le donner. C’est peut-être la façon dont il doit payer : passer le reste de sa vie à chercher le courage de venir me demander pardon, sans y arriver. Et maintenant que je ne l’attends plus, même s’il finit par se décider, il ne me trouvera pas au pied de la montagne. Ce sera trop tard. Il ne pourra jamais me demander pardon.

Et s’il me retrouve, son pardon n’aura aucune valeur à mes yeux, parce que j’aurai arrêté de l’attendre.

Et s’il ne trouve jamais le courage ou qu’il n’a pas l’intention de le chercher, je n’aurai pas perdu mon temps à l’attendre. Finalement, attendre qu’il se décide, c’est rester sa prisonnière. Il a déjà gâché une belle partie de ma vie, je ne vais pas en plus encore attendre après lui pour passer à autre chose.

C’est une belle revanche. C’est moi qui ai gagné.

Je préfère grimper la montagne avec un rêve, que de rester assise en bas à attendre en vain.

Et toi ? Tu veux grimper ? On se voit là-haut ?

Faites circuler!

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