Devenir maman après une enfance douloureuse?


Ma Résilience / vendredi, mars 16th, 2018

Devenir maman après tout ça ?

Oh ça, j’en ai lu, des choses, sur le fait de devenir maman après avoir subi de la maltraitance infantile.

Certains disent que c’est une aberration et que l’on devrait carrément s’abstenir car nous ne sommes que souffrance et mort (si, si, je t’assure…), d’autres pensent que les répercussions ne se transmettent pas et que l’on peut très bien devenir la meilleure maman du monde, et certains disent que, quoi qu’il arrive, même si on n’en parle jamais, notre enfant le saura. Pas consciemment bien sûr, mais partout en lui ses cellules qui seront forcément issues des nôtres, porteront les stigmates de notre enfance à nous. On est foutues.

Pas évident, dans ces conditions, de décider de devenir maman.

Longtemps, je me suis définie comme « child free ». C’est une communauté de femmes qui ont décidé de ne pas devenir maman, par choix. Leurs motivations sont nombreuses : déjà trop de monde sur la planète, nous vivons dans un monde pourri qui ne vaut pas la peine d’être vécu ou encore garder leur liberté.

Avec le temps, j’ai révisé ma façon de voir les choses sur le fait de devenir maman, et cette révision est évidemment directement liée à la façon dont je perçois désormais le monde : plus beau, plus profond et qui vaut la peine d’être vécu.

Je ne suis pas maman à l’heure où j’écris ces lignes, mais je veux le devenir. Parfois, j’écris quelques lignes dans un carnet pour cet enfant qui n’est pas encore là, pour lui dire à quel point je l’attends et qu’il est désiré, pour lui assurer qu’il sera aimé.

Mais ce que je ne lui promets pas, c’est qu’il ne lui arrivera rien.

Drôle de façon d’envisager la sécurité de son enfant en tant que maman dans ces conditions penseras-tu peut-être ? Laisse-moi d’expliquer.

Je ne promettrai jamais à mon enfant qu’il ne lui arrivera rien, parce que c’est la pire chose qui puisse lui arriver. Imagine un peu une vie si linéaire et routinière qu’il ne lui arriverait jamais rien.

Une prison dorée en somme, dans laquelle on est certes en sécurité et où nos besoins matériels sont satisfaits, mais ou l’ennui est invivable. En plus, je n’aime pas faire des promesses que je ne pourrai pas tenir, et soyons clair, je ne peux pas lui promettre qu’il ne lui arrivera jamais rien, parce que je suis bien placée pour savoir qu’on ne choisit pas ces choses-là.

Je dis souvent que, je n’ai aucune idée de comment je ferai vraiment pour devenir maman et élever mon enfant, mais je sais ce que je ne veux pas faire. Je ne sais pas ce qui l’intéressera, mais je ferai mon possible pour l’encourager à développer sa curiosité. Je ne sais pas où nous vivrons, mais je sais que je lui parlerai anglais et français dès sa naissance parce que je considère que c’est un atout dans la vie.

Je ferai des petits plats rigolos pour cacher les légumes verts. Je jouerai à faire des trucs imaginaires et à construire des forteresses. Je lui apprendrai à nager, son père lui apprendra à pêcher, nous lui apprendrons ensemble à faire du vélo. Je lui lirai des histoires en me déguisant pour que ce soit marrant, son père lui apprendra à construire des robots, nous lui apprendrons à faire des gâteaux.

Je lui ferai écouter de la musique, du Beethoven et du Metallica, mais aussi la musique naturelle des forêts et des espaces naturels. Bref, je serai une super maman, avec l’aide d’un super papa.

C’est beau…Mais ça ne se passera pas comme ça!

Alors je sais ce que tu vas me dire si tu es déjà maman : tu ne sais pas tout ! C’est un joli rêve, mais ça ne se passera pas du tout comme ça ! Tu vas essuyer des colères, tout ne sera pas rose, les enfants, c’est super, mais des fois il faut avouer, la patience est mise à rude épreuve ! Tu verras !

Peut-être. C’est possible. Et étant donné le nombre de témoignages que j’ai déjà autour de moi, et mon manque d’expérience en la matière, je suis bien obligée de te croire sur parole.

Mais je préfère me faire ma propre idée. Expérimenter si la grande gamine que je suis peut devenir une super maman, même après tout ça. Imaginer et découvrir comment on donne de l’amour pour de vrai à un enfant, parce que moi je ne sais pas comment on fait, et je veux bien apprendre.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est effectivement de faire dans la surprotection. Inutile de te dire que ça va être compliqué de le laisser chez une nourrice. Ça va aussi être compliqué d’être stricte parce que moi, je n’ai jamais supporté l’autorité. Ca va aussi être compliqué de le laisser se confronter au monde, parce que je sais qu’il peut être vraiment, vraiment dégueulasse.

Mais tant pis. Je voudrais quand même devenir maman. Je ferai des efforts, j’apprendrai sur le tas, nous apprendrons ensemble. Je lui expliquerai les valeurs de tolérance, je lui apprendrai la persévérance, je lui dirai qu’il n’y a pas de rêves trop grands, seulement des esprits trop petits.

Son père lui apprendra les étoiles, je lui apprendrai le piano, nous lui apprendrons les jeux vidéo, et un jour, à la fête des mères, moi aussi j’aurai mon collier de nouilles et mon mug « Super Maman » que j’exposerai fièrement.

Le jour où je serai maman, je prouverai à la terre entière, que c’est sur les plus grosses douleurs qu’on bâti les plus grands esprits.

Faites circuler!

2 réponses à « Devenir maman après une enfance douloureuse? »

  1. Je me reconnais beaucoup dans ton article. Ayant eu une enfance de maltraitance physique j’avais la hantise de la faire revivre un jour à ma progéniture car on entend souvent que c’est héréditaire. Heureusement pour moi je me suis lancée j’ai un bout de chou de 3 ans qui est éveillé très aimé et qui a vraiment confiance en lui et il n’est bien sûr pas violente. Il m a fallu rencontrée la bonne personne pour me lancer et je suis une maman épanouie. Être parent ça s’apprend c’est un challenge quotidien mais qu’elle que soit l’enfance qu on a eu il est possible d’être un jour une bonne maman.

    1. Bonjour Wahida 🙂 Merci beaucoup pour ton témoignage, cela me fait chaud au cœur. Je te souhaite de belles années remplies de Bonheur aux côté de ton petit bout et de la personne qui sait t’épauler, c’est vrai que c’est vraiment important! Plein de douceurs à vous!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.