Drogue et alcool: 10 ans de navigation en eaux troubles


Ma Résilience / samedi, avril 21st, 2018

Si jeune et si perdue

J’ai fumé mes premières cigarettes et mes premiers joints à l’âge de 14 ans. J’étais entourée d’amis qui avait la liberté de fumer chez eux, cigarette et drogue, et comme je passais le plus clair de mon temps avec eux, je faisais pareil.

Mon père était fumeur, ma sœur également, donc il m’était facile de piquer des clopes par ci par là sans trop laisser de traces. Quand j’ai commencé à avoir de l’argent de poche, j’ai pu acheter moi-même tout l’attirail. A l’époque on trouvait encore des paquets de 10 cigarettes, un peu plus économiques, et personne ne se souciait de notre âge dans les bureaux de tabac. Je me procurais sans aucune peine tabac, feuilles à rouler et boulette de shit. Un jeu d’enfant, et c’est le cas de le dire: j’étais une gamine perdue, qui se cherchait en vain.

J’ai pris ma première cuite dans les mêmes années et je m’en rappelle comme d’une première cuite…Ne me parlez plus jamais de Martini Blanc, par pitié. Si seulement j’avais pu avoir la même réaction épidermique avec le whisky, cela m’aurait peut-être permis de ne pas tomber aussi dans cette drogue là.

A la même époque, mon médecin a commencé à me prescrire des antidépresseurs, je t’en parlais dans cet article. Je te laisse imaginer le mélange détonnant. A cela s’est vite ajouté la pilule contraceptive…Avec du recul, je me dis que je suis vraiment une Survivante.

Alcoolisme: une drogue de plus

A 16 ans, j’étais alcoolique. Il ne se passait pas un jour sans que je ne prenne un verre d’alcool. Quand je vivais encore chez mes parents, je leur volais de l’argent pour pouvoir sortir en boîte et picoler. J’ai fini par me faire prendre, mais j’ai aussi fini par quitter le foyer parental la même année. Une fois livrée à moi-même, il était là aussi très facile de sombrer dans cette drogue, et c’était également sans compter sur l’éveil de conscience de mon entourage amical: on sortait, on buvait, et on remettait ça sans jamais s’arrêter.

A 18 ans, j’ai fait un bref passage dans ce que l’on appelle un « bar à hôtesses ». Il ne s’agit pas de prostitution, mais j’imagine qu’en y restant suffisamment longtemps, on peut vite y arriver.  Cela n’a duré que 2 mois, mais c’était la planque parfaite pour une alcoolique: être payée à boire des verres et à faire la conversation toute la nuit, c’était presque le jardin d’Eden. J’ai cependant pris la décision d’arrêter, sûrement un reste d’instinct de survie qui m’a frappé et un espoir de me relever pas encore tout à fait mort.

A 20 ans, je suis partie travailler à l’étranger. Mes nouvelles connaissances étaient à peu près toutes aussi alcooliques et pommées que moi, et notre environnement de travail ne nous donnait pas vraiment d’échappatoire saine. J’ai entretenu mon alcoolisme pendant 4 ans, j’ai perdu tout respect pour moi-même et pour mon corps. J’étais dans un état second du matin au soir, je dormais deux heures par nuit tout au plus, et quand je rentrais « à la maison », j’en profitais pour fêter ça.

Pendant ces années, j’ai pris 15 kilos, car je me nourrissais de whisky Coca, de vodka Red Bull et de bière. J’étais bouffie, bien à l’abris au fond de cette armure que je me constituais petit à petit, je pensais sans doute pouvoir noyer mon chagrin et ma douleur dans cette drogue, en réalité je m’anesthésiais jour et nuit. Loin de tuer ce monstre de rage qui me bouffait de l’intérieur, je ne faisais que détourner le regard pour l’éviter.

Passage au niveau supérieur

A 25 ans, j’ai changé de travail. Mes fréquentations n’étaient guère plus miraculeuses, et j’en ai profité pour replonger dans la drogue à fumer et continuer à boire, avec un petit bonus: je suis passée à la cocaïne. Pendant environ un an, j’ai vécu une vie de débauche totale, alors que je pensais avoir déjà touché le fond niveau dépendance et addiction.

Lors de cette période, j’ai pourtant rencontré un ami, un vrai. Un mec qui m’écoutait en ami, qui m’a hébergée en amie, avec qui j’ai eu quelques uns des plus gros fous rire de ma vie. Je n’avais jamais connu une amitié si sincère avec un homme, les hommes que je croisais avaient généralement bien d’autres projets. Avec lui, c’était différent. Nous partagions nos douleurs, et nous tentions de les tuer, à coup de lignes, de drogue et de verres enchaînés, au fil des nuits et des jours qui se confondaient. Il est devenu mon meilleur ami.

Cette petite escapade en terre d’addiction a été jusqu’à mettre ma vie en danger: je me suis endormie sur une plage en plein été et je me suis réveillée brûlée au 3ème degré. J’ai épluché mon corps pendant 3 mois, les premières semaines étaient tellement douloureuses que je ne pouvais pas marcher ni me redresser au risque que ma peau ne craque littéralement. Cela ne m’a pas empêché d’aller travailler pour rester avec ma bande de potes, l’addiction aux soirées était bien trop forte et devenue une priorité. A l’heure où j’écris ces lignes, 10 ans après ce réveil douloureux, je porte encore les traces des brûlures dans mon dos, à jamais imprégné du joli laçage de cette robe estivale que j’aimais tant.

La chute

A la fin de cette même année, le sort a décidé de s’acharner: nous avons enterré mon nouveau meilleur ami.

C’était entre Noël et le jour de l’an, un copain de notre bande m’a passé un coup de fil pour m’annoncer qu’il n’avait pas survécu à l’accident de voiture, lors de son retour chez lui, après le réveillon de Noël. Dans la même année, j’avais trouvé et perdu mon meilleur ami. J’ai assisté à son enterrement, impuissante et dévastée.

Je n’ai jamais retouché à une ligne de cocaïne après ça.

Nouveau départ

Par chance, je venais tout juste de rencontrer l’homme de ma vie, c’est lui qui m’a soutenue, consolée, ramenée à la vie et sortie de la drogue. Il m’a donné un nouveau souffle, une nouvelle raison de voir ma vie sous un autre angle, un autre but.

Aujourd’hui, je ne consomme plus de drogue. J’ai même arrêté le tabac le 19 décembre 2016, pour passer à la cigarette électronique. Nous ne buvons de l’alcool que très rarement, mais je garde mes distances avec la bouteille. Le dernier joint que j’ai fumé, c’était en Inde il y a 7 ans. Mais nous sommes si peu portés sur la chose que le sachet a fini dans les toilettes avant notre départ, découvert au fond du tiroir après plusieurs mois: nous l’avions oublié.

Je n’ai pas suivi de thérapie pour arrêter de consommer, je n’en n’ai jamais parlé à mon médecin. C’est la prise de conscience qui m’a fait me sevrer: se détruire n’est pas un but constructif dans la vie, c’est con hein dit comme ça, mais c’est vrai.

Si je décide de dévoiler cette facette de ma vie, c’est pour te prouver que l’on peut se relever de tout, et que l’alcool et la drogue ne te permettront pas d’échapper éternellement à ton mal-être. Tu peux essayer de noyer, embrumer ou enfumer tes émotions, mais un jour où l’autre, il faudra les affronter.

Le chemin est chaotique et douloureux pour sortir de la drogue, mais l’issue est possible. L’alcool est aussi une drogue, ce n’est parce que c’est légal que cela ne fait pas de ravages. Accroche-toi et reprend ta vie en main, respecte ton corps et ton cœur, soit digne et forte, relève la tête, trouve un nouveau but: il est l’heure de construire ton Coin de Bonheur et de prendre soin de Toi.

Image d’illustration conçue par Freepik

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