Fuir ses problèmes jusqu’au bout du monde : éloge au moment présent


Ma Résilience / jeudi, mars 8th, 2018

Éloge au Moment Présent

Quand j’étais petite, je voulais être avocate internationale ou journaliste reporter.

Sans même avoir conscience de ce qui se tramait dans mon subconscient, j’avais déjà parfaitement intégré les idées d’injustice, de curiosité et de voyage. Mais je ne savais pas encore que je me rendrai jusqu’au bout du monde pour tenter de fuir mes problèmes et oublier de vivre le moment présent.

Il faut dire que les enfants victimes de maltraitance développent très tôt un sens créatif. Tu as dû le remarquer, nous sommes dotées d’une imagination débordante et les adultes se demandent souvent où est-ce qu’on peut bien aller chercher tout ça. Tous les enfants en général savent comment vivre le moment présent, c’est en grandissant que ça se gâte.

Quand je m’imaginais en train de défendre la veuve et l’orphelin ou de parcourir le monde un objectif à la main, je n’avais évidemment pas idée qu’une phobie scolaire allait venir gâcher le tableau. Ce dont je n’avais pas non plus conscience, c’est que mes rêves de voyages cachaient, eux-aussi, bien leur jeu.

Puisque je me suis vite rendu compte que je n’allais pas pouvoir tenir la longueur pour faire de longues études, le voyage a pris une place centrale. D’ailleurs, c’est grâce à cet objectif, à ce rêve de parcourir le monde dont j’avais fait mon moment présent, que j’ai réussi à garder la tête hors de l’eau.

Ego, mon Amour

Une fois mon CAP esthétique en poche, j’ai essayé de faire une année supplémentaire pour me spécialiser en management. C’était compliqué parce que j’avais un caractère bien trempé, et que mes collègues, tuteurs et responsables avaient beaucoup de mal à me faire entendre raison. Je débordais de colère, que je n’arrivais absolument pas à gérer, et qui a eu tendance à muter en une confiance en moi exacerbée, dangereuse, à la limite de l’égocentrisme vraiment malsain.

Dès la fin du premier semestre, j’ai commencé à me dire que je n’irai pas au bout de ce cursus. Comme je me croyais plus intelligente que tout le monde, du haut de mes tous petits 20 ans, j’ai tout envoyé valser.

J’ai toujours été une tête brûlée, avec une relation au risque un peu particulière. Pendant longtemps, il n’y avait pas grand-chose qui me faisait peur, et ça n’a pas toujours été en ma faveur. Vue de l’extérieur, on me prenait un peu pour une dingue, une originale, une personne à part, ce qui avait la fâcheuse tendance de flatter mon égo.

Avec le temps, et l’expérience, j’ai appris à canaliser cette belle énergie, à en être fière mais aussi à rester humble. J’ai compris qu’être fière de soi-même suffit, on n’est pas obligé d’épater la galerie. Ça ne sert à rien, sauf à se flatter soi-même et à créer une relation de dépendance entre regard des autres et beauté du moment présent.

Là on parle d’une vraie blessure issue directement des maltraitances infantiles : le besoin de reconnaissance, d’amour à tout prix, jusqu’à dévaloriser ses propres réussites si elles ne sont pas applaudies.

C’est donc avec un aplomb certain que je n’ai pas terminé mon année de spécialisation en management, et que j’ai préféré partir travailler directement en tant qu’esthéticienne sur des bateaux de croisière. Quand je te disais que les voyages avaient pris une place centrale dans ma vie…

Mon premier contrat fait encore pâlir mes parents : je suis partie à Tahiti. Et je ne te raconte pas ça pour me faire mousser, mais parce que j’ai honte.

La honte

J’ai honte de ne pas avoir terminé mon année de spécialisation alors que mes parents avaient investis beaucoup d’argent dans mes études, j’ai honte d’avoir été tellement imbue de ma personne que je n’ai pas du tout réalisé à quel point j’avais de la chance d’aller au bout du monde, à l’exact opposé de la France, là où, si tu vas plus loin, tu commences à revenir, tellement c’est loin. J’ai honte d’avoir négligé de vivre le moment présent.

Pas un instant je n’ai réalisé ma chance. J’avais réussi à aller au bout de mon rêve en allant au bout du monde, et je ne ressentais rien. Mon moment présent était vide et frustrant.

La douleur du moment présent

Je crois que je n’avais pas imaginé ça comme ça. Je crois que je m’étais dit que, comme par magie, en descendant d’un avion qui venait de parcourir plusieurs milliers de kilomètres, j’allai trouver la paix. J’allais me sentir tellement bien, et j’allais peut-être même me sentir si légère, que j’allais m’envoler.

Ca ne s’est pas du tout passé comme ça. J’avais toujours aussi mal. Je me sentais toujours aussi faible à l’intérieur. Et je l’ai pris en pleine gueule.

Pendant 4 ans, j’ai parcouru le monde. J’ai vue plus de paysages que je ne suis capable de me souvenir, j’ai rencontré de belles personnes, des cons aussi, ça fait partie du jeu.

J’ai appris la vie en communauté restreinte, parce que partager 9m2 à deux pendant 6 mois dans une cabine de bateau sans vue extérieure, ce n’est pas facile tous les matins. Parce que partager son quotidien avec 34 nationalités différentes, autant dire 34 façons différentes de voir la vie et de la vivre, ce n’est tous les jours simple non plus.

J’ai réalisé que certaines personnes étaient là pour presque un an, avaient laissé mari, femme et enfants à terre pour subvenir à leurs besoins, alors que moi j’étais là par choix.

Mais je n’ai pas arrêté de souffrir. Au contraire. Ces années ont été un éloge à la débauche. J’ai essayé de noyer mon chagrin dans l’océan et dans l’alcool, j’ai essayé d’exister au milieu d’une foule et je me suis perdue, j’ai malmené mon corps, je l’ai donné en pâture à des gens en espérant être payée en amour, je n’ai récolté qu’amertume et ressentiment.

Et pire que tout, moi qui avais fait le rêve de voir le monde, d’observer de mes propres yeux la beauté des couchers de soleil sur la mer, les montagnes, les plages, les palais, les endroits inaccessibles, je n’ai pas réussi à en profiter et à apprécier la réalisation de mon rêve, à savourer le moment présent, tellement ma douleur gâchait le tableau.

Pourquoi je te raconte tout ça ?

J’ai traversé le monde pour tenter de semer ma douleur, mais je n’avais pas compris qu’on ne sème pas son ombre.

J’ai vécu et vu des choses que beaucoup de gens ne verront jamais à part dans leurs rêves, et je ne m’en suis vraiment rendu compte que quand j’étais revenu depuis déjà 10 ans.

J’étais tellement centrée sur le regard des autres que j’ai oublié de lever le nez pour apprécier.

J’ai tellement couru après l’admiration et les applaudissements, que j’ai oublié de vivre le moment présent.

L’importance du moment présent

Ce que je veux te dire c’est que le moment présent est important.

Ne passe pas sur cette phrase juste comme ça sans t’arrêter.

Le moment présent est important.

C’est super important de s’arrêter un peu pour contempler ton tableau, et apprécier ce que tu vis, là, maintenant. C’est important de lever le bout du nez et de ne pas toujours rester tête baissée, même si tu souffres. Parce qu’en restant focalisée sur la noirceur qui te tient compagnie, et sur le regard des autres, tu loupes des moments, des expériences, des petites choses qui pourraient peut-être t’aider à te relever et à avancer.

C’est important d’être fière de ce que tu accomplis, simplement parce que tu sais apprécier les efforts et les choix que tu as dû faire toi, pour toi, pour ta vie, pour ton bonheur. Ce que les autres pensent n’a finalement pas beaucoup d’importance.

Un pas de géant pour toi peut ressembler à un pas de fourmi pour les autres, tout comme ton quotidien exceptionnel aux yeux des autres peut te sembler insignifiant.

Ne laisse personne te donner le verdict d’un jugement extérieur. Il n’y a que toi qui puisses réellement juger des efforts et des choix que tu as fait, il n’y a que toi qui puisses savoir si ce que tu fais là maintenant, au moment présent, te rapproche de ton objectif, ou t’en éloigne.

Lève les yeux et nourris-toi du moment présent, parce que tu ne le vivras plus jamais, et que son véritable sens est celui que tu voudras bien lui donner.

Faites circuler!

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