La maltraitance gynécologique et psychologique, on en parle?


Ma Résilience / mardi, mai 15th, 2018

La pudeur au placard

On dira bien ce qu’on voudra, les Femmes ne sont quand même pas gâtées. Nous n’avons certes pas le contrôle de la prostate ou la torsion du testicule à notre actif, mais merde quoi, on passe quand même toute notre vie à aller tous les ans voir un gynécologue, à se faire tripoter dans tous les sens, introduire des trucs en, je cite, « restant décontractée »…Bien sûr! Pas de souci, passez-moi un bouquin je vais faire les mots croisés, tranquille…

Et ça, c’est sans parler des cycles menstruels, du prix des protections hygiéniques (oui je sais il y a la cup, mais va-t-en l’utiliser quand tu bosses toute la journée avec 5 minutes pour aller pisser dans des toilettes mixtes…Qui a déjà nettoyé sa cup dans l’évier des toilettes du bureau, là où on nettoie aussi les tasses à café? Personne, on est d’accord!), et de quand il n’y a pas, en plus, maltraitance gynécologique et psychologique.

Je parle en effet de maltraitance gynécologique et psychologique car, outre les manœuvres corporelles par toujours délicates, les discours abaissants et infantilisant que l’on nous assène sont tout bonnement insupportables.

J’ai 35 ans cette année et j’en est raz-le-bol d’être traitée comme un sac de viande ou une gamine de 15 ans quand j’ai en face de moi des gynécologues ou des médecins qui savent soi-disant mieux que moi ce que je devrais faire de mon corps, ce qui est bon pour moi et mon utérus ou me faire endosser la responsabilité de la contraception dans mon couple parce que la pilule est l’invention du siècle.

Je dis stop. Et tu sais quoi? Aujourd’hui, je vais te raconter un bout de mon parcours de Femme, malheureusement jonché de maltraitance gynécologique et psychologique.

Je le fais car j’ai besoin d’en parler et parce qu’il est temps de se relever, de s’allier et de s’épauler pour dire non à la connerie, rassurer les Femmes qui pensent que « c’est normal » d’être traitée comme ça et leur dire que non, NON, tu as le droit d’être en colère ma bichette.

Première expérience chez le gynéco

Personnellement, ma première expérience chez le gynéco a été une catastrophe. J’avais 14 ans et mon médecin généraliste venait de me prescrire la pilule comme étant le remède miracle contre les douleurs menstruelles, mais le passage par la case gynéco restait conseillé.

Je suis tombée sur une espèce de peau de vache qui avait depuis longtemps perdu toute foi en son métier, a commencé par m’humilier en me laissant poireauter en culotte dans son cabinet porte ouverte pendant 20 minutes, puis à s’esclaffer en me disant: « Nan mais il faut enlever la culotte hein! Un peu de bon sens! »…Bah oui mais je vous attendais, pardon hein, je ne suis pas trop habituée à me balader à poil dans les endroits que je ne connais pas…Connasse.

Je me souviens encore de l’auscultation douloureuse, des palpations internes sans aucune douceur ou tact, sans m’expliquer comment ça allait se passer…Je suis ressortie avec un mal de ventre pour trois jours et j’ai jeté ma pudeur dans la première poubelle que j’ai croisée. Première expérience de maltraitance gynécologique.

Quand une IVG tourne au drame

Plus tard, j’ai fait la douloureuse expérience de l’IVG et je crois que j’ai atteins des sommets de maltraitance gynécologique.

Au planning familiale d’abord, quand on m’a forcé à regarder l’écran de l’échographie en même temps que le beau discours moralisateur destiné à « me faire prendre conscience que ce n’est pas rien de se faire avorter mademoiselle! Vous mettez fin à une vie! Réveillez-vous! »…Et vas y que je te tord l’engin de torture d’échographie intra-utérine dans tous les sens histoire que je le sente bien passer…

J’étais pourtant super réveillée de mon point de vue: sans emploi, sans domicile, 25 ans, hébergée chez une amie et célibataire, la décision me paraissait évidente et parfaitement réfléchie.

J’ai dit évidente et réfléchie. Pas facile, ni légère, ni sans conséquence.

Apparemment pas pour ces dames donc, qui m’ont quand même dit que « avec toutes les structures comme les Restos du Cœur pour vous aider aujourd’hui, votre situation ne devrait pas être un frein pour assumer votre enfant. »

Traumatisant. Pour peu on m’aurait donné une photo souvenir de l’échographie. Mais ce n’était malheureusement que le début d’un long calvaire et une toute petite partie de l’iceberg de maltraitance gynécologique et psychologique qui m’attendait.

Premier curetage

C’est par un matin de février, après une nuit blanche passée pliée en deux sur le sol du salon de ma copine à cause des cachets pour dilater le col de l’utérus, que je me suis rendue à l’hôpital pour mon premier curetage sous anesthésie générale. A priori, cela aurait dû bien se passer, je rentrais le matin de bonne heure et je ressortais l’après-midi.

J’ai ouvert les yeux dans ma chambre après l’intervention, réveillée par l’infirmière qui venait me brancher une perfusion. C’est en regardant la poche tourner au dessus de ma tête et en lisant l’étiquette que j’ai totalement émergé de mon sommeil: on était en train de me perfuser avec de la pénicilline…Et je suis allergique à la pénicilline. J’en fait part à l’infirmière, et là, scène magique:

« Je crois que vous êtes en train de me donner de la pénicilline?

-Oui, c’est la procédure normale.

-Je suis allergique.

-Mais non.

-Si, si, regardez mon dossier, je l’ai dit à l’anesthésiste lors de la consultation.

-Ca m’étonnerait!

-Vérifiez quand même.

-Pff. »

Porte qui claque.

J’ai donc eu un autre produit environ 30 minutes plus tard…J’attend toujours les excuses par contre. Elle aurait pu me tuer, tranquillement. Ça fait quand même froid dans le dos.

De retour chez mon amie qui m’hébergeait à l’époque, après avoir eu l’autorisation de sortie et un second discours moralisateur de la part du médecin sur le fait que « oublier sa pilule n’est jamais anodin, il faut être responsable mademoiselle, c’est de votre faute si vous en êtes là aujourd’hui, c’est votre responsabilité de faire attention à votre contraception », je passais mes journées à dormir, à pleurer et à essayer de retrouver un semblant de dignité, de bienveillance et de confiance en moi, tout en faisant mon deuil.

Au bout de 3 jours de saignements intenses, j’étais épuisée. J’appelle l’hôpital pour savoir si cela est normal, on me dit de revenir pour contrôler.

Second curetage

Tu l’auras compris, le contrôle ne s’est pas très bien passé. Je faisais une hémorragie et l’échographie révélait des lésions et des restes du précédent curetage: il fallait recommencer.

Parlons un peu de cette fameuse échographie de contrôle réalisée par une interne assistée d’un médecin, qui riaient de bon cœur devant la difficulté à manipuler l’engin à l’intérieure de mon utérus, alors que je me vidais de mon sang et que les larmes coulaient sur mon visage, d’épuisement et de douleur.

J’ai quand même eu droit à une petite tape sur l’intérieure de la cuisse de la part du médecin, toujours avec un grand sourire: « allons, allons, reprenez-vous mademoiselle, il n’y a pas de quoi en faire un drame! Il faut être courageuse! Ah ah ah! »

J’entend encore son rire narquois, la gerbe.

Si ça ce n’est pas de l’humiliation et de la maltraitance, alors je ne sais pas ce que c’est.

Ils ont fini par m’administrer un calmant car je commençais à avoir des spasmes, et puis on m’a gentiment renvoyée chez moi, avec mon hémorragie et titubante, en me disant de revenir le lendemain matin pour un second curetage.

Troisième curetage

Et oui. Trois finalement. Parce que, à la visite de contrôle de nouveau en urgence car l’hémorragie ne s’arrêtaient toujours pas après le second curetage, ils ont trouvé que ce n’était pas dû aux curetages mal faits, mais à un fibrome utérin. Il a donc fallu recommencer. Encore.

J’ai donc eu trois opérations sous anesthésie générale en trois semaines…Pour une IVG.

Après un dernier petit discours avant de partir, dont je ne te redonnerai pas la teneur car j’étais vraiment mal et dans le gaz, meurtrie, éreintée, cassée physiquement et psychologiquement, je suis rentrée chez mon amie pour me reposer.

Reprise d’une vie…Pas tout à fait normale

Quelques semaines après la dernière intervention, j’ai commencé à avoir des symptômes très gênants: des pertes bizarres, des odeurs qui ne laissaient rien présager de bon, il était évident que quelque chose n’allait pas.

J’ai donc pris rendez-vous chez ma gynécologue pour contrôler. La première fois elle m’a trouvé un déficit en vitamine D provoquant une altération de la flore vaginale, mais rien de plus. Après trois mois de traitement et ne constatant aucune amélioration, je suis retournée la voir.

« Vous n’avez rien, madame, c’est dans la tête. Je ne perdrai même pas de temps à vous ausculter, les odeurs que vous sentez sont dans votre tête. »

Ah. Bon, très bien. Après tout il est vrai que j’en ai bavé avec ces trois opérations. Mais quand même, je trouve ça bizarre. Je ne suis pourtant pas folle.

12 mois. Je suis restée 12 mois dans cet état, et c’est le refus de m’ausculter ou de me faire faire d’autres examens qui m’a décidé à prendre un rendez-vous à la Polyclinique d’une grande ville voisine, ce qui m’a sauvée la vie je pense.

Lors de cette consultation, la gynécologue a trouvé une compresse dans mon utérus. Une compresse qui était restée là depuis ma dernière opération, un an plut tôt.

Je te passe le traitement de cheval que j’ai dû avaler après cette découverte et lors duquel j’ai cru que j’allai perdre un rein, sans parler des séquelles psychologiques évidentes que toute cette histoire a laissée.

Je n’ai heureusement, à priori, pas de séquelles physiques.

Voilà.

Voilà à quoi peut ressembler un parcours gynécologique en France au 21ème siècle.

Alors par pitié, un peu de respect et enlevons nos œillères. La maltraitance gynécologique et psychologique est réelle, elle existe, et la minimiser ou la balayer sous le tapis ne changera rien au fait que c’est insupportable.

On peut ne pas être d’accord avec l’IVG, pour le principe moral ou toute autre considération, et ce n’est pas le sujet du débat ici. Mais rien, absolument rien ne justifie de traiter ainsi les Femmes qui décident, pour des raisons qui leur appartiennent, d’y avoir recours. J’ajoute que, en dehors de l’IVG, la maltraitance gynécologique existe aussi pendant les grossesses, les accouchements et le suivi médical de la Femme tout au long de sa vie.

Reprenons s’il-vous-plaît la liberté et le droit de prendre soin de notre intimité, sans violence et dans le respect de notre corps, de notre sensibilité et de nos décisions.

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