La nostalgie : embellir le passé douloureux


Ma Résilience / mercredi, mars 14th, 2018

C’est quoi, la nostalgie?

La nostalgie, c’est se souvenir du passé et éprouver des sensations agréables. On a même tendance à enjoliver un peu le souvenir. La nostalgie n’est pas forcément quelque chose de négatif ou réservée aux dépressifs. Bien employée, elle a le pouvoir de réactiver des sensations de bien-être et de bonheur. De plus, la nostalgie permet de nous associer à un groupe, de nous sentir en cohésion avec d’autres personnes ayant partagé le même souvenir que nous. Revivre des sentiments mémorables de bonheur, c’est très bon pour la tête et le corps.

Il y a encore quelques années, quand j’évoquais mon enfance, je taillais tout de suite dans le vif : j’ai eu une enfance de merde. Rien à en retenir, rien à en garder, tout est à jeter. Je n’avais pas du tout la nostalgie de mon enfance.

Le problème c’était que, quand je pensais à mon enfance, les seuls souvenirs qui me revenaient étaient des images de maltraitance. Une longue allée dans un jardin qui menait à une cave lugubre. Un sol en terre. Une odeur de vin âcre. Voilà tout ce que m’inspirait mon enfance. Autant dire qu’on était loin des fêtes foraines et des peluches roses.

Mais était-ce vraiment le cas ?

Toute mon enfance se résumait-elle à cette petite vidéo qui tournait dans ma tête, de quelques secondes me faisant traverser un jardin pour me rendre dans une cave ?

Impossible de sortir de cette vision : on m’avait non seulement volé mon enfance, mais en plus, mon droit à la nostalgie.

Il m’a fallu plusieurs mois pour trouver d’autres souvenirs. J’ai trouvé l’exercice particulièrement difficile car mon cerveau refusait catégoriquement, au départ, de me donner autre chose. C’est à force de pratique, par petites sessions de dix ou quinze minutes à chaque fois, que j’ai réussi, peu à peu, à me remémorer d’autres souvenirs…Et à ressentir de la nostalgie.

Je faisais des petites sessions car cela me permettait de garder le contrôle sur mes émotions. J’avais remarqué qu’en restant dans le passé trop longtemps, je ravivais les douleurs : rythme cardiaque, sueurs, et évidemment, crises de larmes. Puisque le but n’était pas là, je me suis donc débrouillée pour aménager des sessions courtes, directement suivies de quelque chose qui me changerait les idées comme une session de jeu vidéo, aller faire des courses ou danser toute seule dans mon salon au son d’un bon vieux rock endiablé.

Lors de ces sessions, soit je m’asseyais tranquillement pour réfléchir, soit j’écrivais ce qui me passait par la tête. L’avantage de l’exercice écrit, c’est que j’avais la sensation de faire sortir quelque chose de moi. A la session suivante, j’étais embêtée à l’idée d’écrire la même chose ! Je n’avais pas envie de radoter ! Au fur et à mesure, une fois que les idées noires avaient été notées, il a bien fallu que mon cerveau me donne le reste. Je l’ai eu ! Ehehehe.

Des jeux avec ma meilleure amie d’enfance. Des noms de personnages bizarres que l’on donnait aux élèves de notre classe virtuelle et à notre majordome fictif. Une histoire de jumeaux qui ne voulaient jamais se lâcher la main. Des après-midi à élaborer une chorégraphie sur un tube planétaire en boucle dans mon mange-disque. Des parcours que je faisais faire à mon chien dans le jardin avec des chaises et des ballons. Des magazines de coloriage, une collection de livres, des petites poupées emmenées discrètement à l’école dans un sac banane. Trop mignon !

Une fois que j’ai eu retrouvés ces jolis souvenirs enfouis, j’ai pris soin de les dépoussiérer et de les encadrer fièrement pour les exposer sur mon mur de la nostalgie. Avec le temps, quand l’émotion et les mauvais souvenirs s’agitent un peu, je leur montre du doigt mon œuvre :

Non, les méchants souvenirs, vous n’êtes pas les seuls à vivre dans mon passé. Il y a ça, aussi. Et ça, c’était bien. Donc on se calme maintenant les terreurs. Coucouche panier.

Je partage ça avec toi parce que c’est difficile de ne pas pouvoir parler de son enfance avec nostalgie

Ça m’a posé problème à plusieurs reprises : lors des réunions de famille où chacun y va de sa petite anecdote, lors de soirées entre potes où l’on évoque les jeux de notre enfance. Souvent, je restais en retrait parce que…Je n’avais rien à dire de positif. Et ça fait mal.

On se sent à part, différente, le poids du traumatisme pèse sur nos épaules, on se renferme, parfois même, on préfère s’isoler ou quitter la fête plus tôt car l’ambiance nous semble pesante.

C’est important de faire le tri. Pas facile, vraiment pas facile, mais toi aussi tu peux reprendre ton droit à la nostalgie.

Si douloureux soit-il de s’y replonger, ton passé cache sûrement des petits moments de bonheur. Ils se planquent bien je te préviens ! Et ils sont peut-être moins nombreux que les souvenirs douloureux.

Mais ce n’est pas parce qu’ils sont moins nombreux qu’ils sont sans importance et qu’ils ne méritent pas, eux aussi, une place dans ta vie. Ils n’effaceront pas la douleur du reste, ils ne feront pas disparaître la maltraitance, mais ils pourront porter fièrement la bannière de ton enfance.

Faites circuler!

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