Le bonheur est dans le café


Ma Résilience / mardi, mars 6th, 2018

Mais où trouver le bonheur?

La journée a été longue et tu as mal aux pieds. Tu rentres chez toi et t’extirpe de ton gros manteau en laine, jette le bonnet par-dessus ton épaule et fait faire des loopings à tes chaussures en visant l’étagère. Raté. Tant pis.

A cet instant tu donnerais n’importe quoi pour un moment de réconfort, de chaleur, de douceur. Et c’est là qu’il entre en scène. Tu verrais presque les colombes voler au-dessus de la boîte et une lumière divine l’éclairer sur le plan de travail : c’est l’heure du café.

Oui, mais pas n’importe quel café. Celui-là abrite un secret : celui du bonheur.

Le bonheur des choses simples, le bonheur de prendre le temps de déguster, jusque dans la préparation.

Tu t’approches sur la pointe des pieds, telle une danseuse étoile s’entraînant au pas de bourré. Tu saisis la casserole au vol et mets de l’eau à chauffer sur ta cuisinière.

Le paquet de café souple te laisse sentir les grains qui s’entrechoquent doucement : ils te jouent la mélodie du bonheur.

La vision du moulin à café électrique te fais déjà frissonner de plaisir, tu verses doucement quelques grains dans l’appareil. Dix seconde, pas plus, pour accéder à la prochaine étape du bonheur.

Tu appuis sur le couvercle pour préparer le précieux nectar. Tu comptes dans ta tête : 1, 2, 3…10. Tu soulèves le couvercle et les effluves du café moulu viennent chatouiller tes narines.

Là, nous y voilà. Tu salives déjà. L’odeur du café est à elle-seule un moment de bonheur.

Tu nettoies la cafetière à piston et compte les cuillères de café en les déposants délicatement au fond.

L’eau boue et tu peux à présent la verser dans la cafetière.

Le café et l’eau se mélangent, ça fume, ça sent bon, tu respires le bonheur.

Tu refermes la cafetière et prépare ta tasse en vue de la dégustation.

Quelques bougies pour une ambiance feutrée, une petite musique d’ambiance pour rompre le silence, tu te réfugies dans le coin de ton canapé, enroulée dans ton plaid en polaire. Tu fermes les yeux quelques instants. La tasse est posée sur le plateau et le café infuse doucement et discrètement. Qu’il est bon d’être dans ton coin de bonheur.

Quelques minutes plus tard, tu appuies sur le piston de la cafetière, tu imagines l’eau danser à l’intérieure et le café se compresser au fond, tu verses ton café dans ta tasse, l’arôme tant désiré parcours tout ton corps, la chaleur qui réchauffe tes mains fini de te convaincre :

Le bonheur est dans le café.

Le bonheur des choses simples

Ça tu vois, c’est ce à quoi ressemblaient mes retours à la maison quand j’allais au bureau. Et je peux te dire que ça n’a pas toujours été comme ça !

Lorsque j’ai décidé de construire une nouvelle vie, une des premières étapes a été de trouver des occupations saines à mon esprit. Tu vois ce que je veux dire ?

Je me suis rendu compte que l’une de mes principales problématiques était les idées noires. Tout le temps. Enfin pas vraiment tout le temps, plutôt à chaque fois que mon esprit n’était pas occupé.

L’exemple parfait, c’est cette scène que je viens de te décrire : le retour à la maison le soir après le boulot.

Dès que je passais la porte de chez moi, le silence s’abattait sur mes épaules. Je déteste le silence. J’avais une sensation horrible de vide, d’angoisse. Alors je faisais tout pour m’occuper le plus vite possible : ranger, nettoyer, faire briller, le linge, la bouffe, la liste de courses…

Résultat ?

Mon homme qui rentrait en général une petite heure après moi avait peur de passer la porte. Il pouvait sentir les ondes radioactives de ma négativité jusque sur le palier. A peine la clé tournait-elle dans la serrure, qu’il entendait les assiettes s’entrechoquer et ma douce voix accueillante grommeler. Pas vraiment l’image du bonheur idéal.

J’avais « encore tout fait toute seule », c’était « toujours moi qui faisait tout dans cette maison ». Et honnêtement ? Il n’avait rien demandé. Il rentrait du boulot. Chez lui. Super l’accueil.

Je me mettais une pression de malade sur la couenne, toute seule, comme une grande. Et je perdais de précieuses minutes avec lui, car le temps de redescendre du haut de mon échelle de stress, le repas avait été englouti en silence (vite hein, il ne fallait surtout pas avoir l’occasion de discuter), j’avais passé ma soirée de mon côté et lui du sien, et il était temps d’aller dormir à l’hôtel des culs tournés.

Je me couchais la boule au ventre, essayant de digérer un mélange de colère et de culpabilité qui me tenait éveillée de longues heures. J’imagine qu’il ne le vivait pas mieux que moi.

Prise de conscience

Un soir, je suis sortie du travail, je suis rentrée à la maison, j’ai ouvert la porte et le silence m’est tombé dessus.

J’ai laissé tomber mon sac à main par terre. J’ai écouté le silence. J’ai senti l’angoisse monter, et je l’ai défiée.

J’ai fermé les yeux, et je l’ai sentie. Juste là. Au creux de mon estomac.

J’ai pleuré car elle me faisait peur. Et je lui ai parlé à voix haute, de rage, de colère, d’épuisement.

Je lui ai demandé de se calmer, car je n’avais plus la force d’affronter ses assauts. Je lui ai dit que je voulais bien lui accorder une place dans ma vie, reconnaître son existence, entendre ce qu’elle avait à me dire, mais qu’il allait falloir qu’on discute pour que ce soit constructif, parce que je ne savais pas quoi faire de ce qu’elle me donnait et que j’avais vraiment du mal à comprendre ce qu’elle me disait.

Alors je l’ai senti se radoucir, doucement. Mes jambes tremblaient, je me tenais au mur et je sanglotais. J’étais toujours debout, plantée dans mon manteau, dans le couloir obscure de l’entrée de mon appartement.

J’ai tendu la main vers l’interrupteur pour allumer la lumière. Quand la clarté a envahie l’espace, j’ai doucement ouvert les yeux. J’ai fait quelques pas pour atteindre le salon, calmement. Je reprenais ma respiration, je m’efforçais de respirer profondément pour calmer les spasmes.

Je me suis assise sur le canapé, j’ai allumé une bougie, enlevé mon manteau que j’ai posé à côté de moi. Je suis restée longtemps à regarder la flamme vaciller, j’ai sentie l’angoisse rentrer dans sa tanière, je me suis levée pour me faire un café, et je suis revenue m’asseoir sur le canapé.

J’ai allumé la musique pour briser le silence, et j’ai apprécié chaque note, chaque gorgée de café. J’ai concentré mon esprit sur la chaleur de la tasse. J’ai joué avec la cuillère à faire des ronds dans le café. J’ai fredonné l’air qui passait à la radio, à voix basse, comme pour chanter une berceuse à mon angoisse. Je me suis rendu compte que cela m’apaisait. J’ai séché mes larmes, j’ai respiré profondément. J’étais vidée, fatiguée, mais en vie. J’avais gagné une bataille.

Quand mon homme est rentré ce soir-là, il m’a trouvée là, assise, une tasse à la main, à jouer avec une cuillère. Ça l’a surpris. Tu m’étonnes.

Il a passé la tête pour s’assurer que j’étais bien là, il a dit coucou en me regardant, j’ai pu lire dans son regard qu’il ne savait pas encore s’il fallait s’inquiéter ou non. Pour l’aider, j’ai souri. Il a regardé le reste de l’appartement et constaté le foutoir, il a souri à son tour, s’est approché pour m’embrasser, sans rien ajouter. Il avait compris.

Il est allé se faire un café, il est venu s’asseoir à côté de moi, m’a montré une vidéo qu’il avait trouvée marrante sur Internet, nous avons ri ensemble, il m’a donné un mouchoir en me montrant d’autres vidéos.

Je me suis blottis contre lui, j’ai fini par demander s’il avait faim, il m’a dit de faire ce que je voulais, qu’il allait s’occuper du reste. Il a fait une lessive, rangé la table du salon. J’ai fait à manger et mis le couvert. Nous avons dîné calmement en discutant de tout et de rien. Je l’ai vu me sourire d’amour, d’admiration, de bonheur et d’encouragement. C’était la plus belle soirée depuis longtemps. Une soirée à apprécier les choses simples de la vie, chaque goutte, chaque instant.

Un petit bout de bonheur quotidien

Depuis ce soir-là, je voue un culte à la préparation du café. J’ai investi dans une cafetière à piston et un moulin électrique pour allonger encore mon moment de bonheur du soir. En plus, c’est meilleur pour la santé parce qu’on ne sait plus vraiment ce qu’ils mettent dans les capsules et les dosettes.

Aujourd’hui, comme je suis à la maison, je prépare chaque soir avec Amour notre café du bonheur. Quand la porte s’ouvre, je sais qu’il est heureux de sentir le doux parfum qui se répand, et nous dégustons toujours, en riant, notre café sur le canapé.

Moi je te le dis : le bonheur est dans le café.

Image d’illustration: Designed by Olga_spb / Freepik

Faites circuler!

2 réponses à « Le bonheur est dans le café »

  1. Merci
    On croit être souvent seule dans ce
    la solitude me tord la gorge depuis trop longtemps au point de ne plus être capable de réussir quelque cgose dans ma vie pour être secouru et sauvé. …

    1. Bonjour Emma 🙂 Une chose est sûre, tu n’es pas seule. Nous sommes des milliers à essayer de nous relever un peu plus chaque jour, et avec le temps, j’ai acquis la conviction que c’est possible, car nous sommes également nombreuses à avoir réussi. Oh bien sûr il y a des hauts et des bas! Car la vie c’est ça finalement, une grande montagne russe! Je ne vais pas te peindre un beau tableau tout rose, ce ne serait pas honnête, je ne vais pas te mentir car tu sais déjà que ce n’est pas si simple. Ici, pas de blabla. Je connais ce gouffre que tu décris. Accroche toi. Tu vas y arriver. Je vais continuer à partager mon histoire ici, tu verras, elle n’a pas toujours été rose! Mais elle est belle et j’en suis fière aujourd’hui, tout comme tu peux être fière de la tienne. Tu verras, même si là maintenant cela te semble impossible, tu n’as pas encore dévoilé toute la carte. La tristesse n’est pas une fatalité, il faut la comprendre, l’apprivoiser et dialoguer. Tu es ta meilleure amie, prends soin de Toi. Avec toute mon amitié. Elodie.

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