Dévoiler ton lourd secret: quand la parole libératrice ne trouve pas écho


Ma Résilience / jeudi, avril 12th, 2018

Parler de son secret

Cela faisait peut-être des semaines, des mois, des années ou des décennies que tu portais ton lourd secret toute seule.

A bout de force, la rage au ventre, tu as fini par en parler. Tu as rassemblé les dernières miettes de courage, puisé ce qu’il te restait de force et fini d’achever ce qu’il te restait d’intimité et de dignité, tu as ouvert ton cœur pour raconter ton histoire dans l’espoir que, enfin, la paix se trouve au bout du tunnel.

Tu t’étais repassé la scène dans ta tête plusieurs fois, avec différentes versions, différents lieux et différents interlocuteurs. Tu as imaginé ce qu’il se passerait, comment les gens allaient réagir, comment tout cela allait finir. Tu as reculé plus de fois que tu ne peux les compter: pas le bon moment, pas la bonne personne, pas la peine finalement.

Et puis tu l’as fait. Tu as parlé de ton lourd secret, et la parole qui était censée te libérer, t’apporter un réconfort inimaginable et adoucir cette douleur qui te tord le ventre, t’a finalement apporté tout autre chose: l’indifférence et l’incompréhension.

La chute des héros

Alors que tu pensais trouver une épaule pour pleurer et une main pour t’aider à te relever, on te sert un regard presque glacial, des questions auxquelles tu n’as pas de réponse et un silence lourd de conséquences. Où sont les bras censés m’entourer pour m’aider à étancher ma peine? Où sont les mots doux et rassurants pour me dire que je suis entourée? Où est l’oreille attentive juste là pour me soulager? Tous, aux abonnés absents.

On imagine que les proches, parents, conjoints font toujours preuve d’héroïsme et de compréhension dans ce genre de cas. On leur dévoile des années de maltraitance, des attouchements sexuels subits dans l’enfance, parfois par un membre de la famille, parfois par quelqu’un d’extérieur, des années de souffrance, de coups reçus, d’humiliation, alors il semble logique que la réponse appropriée soit un soutien sans faille et une main tendue, une présence, une écoute, un accompagnement sur la voie de la guérison.

Et bien non. Dans la majorité des cas, on déchante très rapidement. La discussion que l’on souhaitait devient un monologue, quand elle ne se transforme pas en interrogatoire et remarques froides et distantes: Qui? Quoi exactement? Je veux des détails. Tu étais d’accord? Tu l’as voulu? Tu l’as cherché? Pourquoi tu en parles maintenant, c’est si vieux, passe à autre chose! Pourquoi tu n’en as pas parlé avant, tu ne me fais pas confiance? Tu souffres d’accord, mais tu ne te rends pas compte du mal que tu fais en parlant! Je ne te demande comment tu vas mais du coup, est ce que tu m’en veux? Je comprends, en même temps tu sais, on a tous notre lot de malheurs, il faut faire avec, sois forte. Ça va aller. Tu fais ça pour te rendre intéressante, ce n’est pas vrai, va te faire soigner.

Et la porte se referme dans un fracas retentissant, te voilà de retour dans ta prison, avec ta peine, ton monstre et ces rugissements.

A l’aube d’une nouvelle réalité

C’est super dur. Une souffrance comme il est difficile de les exprimer par des mots, un sentiment d’abandon, d’inexistence de soi, de profonde solitude, de rejet, d’injustice, mais cette fois-ci, quelque chose a changé: ton regard sur le monde.

Si difficile que ce soit de l’admettre, tes parents, proches ou conjoint sont rarement les héros que tu t’attendais à trouver. Ils ne cachent pas de cape dans la placard, et ne sont pas à ton chevet jour et nuit après ta révélation pour savoir comment tu vas. En fait, tout le monde se remet à vivre, comme si de rien n’était. Alors oui la chute est rude, mais au moins, tu sais.

Tu sais à présent que la seule héroïne de cette histoire, c’est Toi. Pour avoir survécu tant bien que mal jusqu’ici, pour avoir construit une vie, un travail, parfois même une famille, et pour avoir réussi à prendre ton courage à deux mains pour parler, il n’y a pas de doute, c’est Toi, l’héroïne.

Même si le chemin a été difficile pour arriver jusqu’ici, il est important de mesurer le chemin parcouru, et de décider fermement qu’il est temps de s’adapter au monde qui t’entoure: il peut être cruel et décevant, mais il peut aussi devenir un terrain de jeu illimité pour les gens qui, comme Toi, ont la rage de vivre.

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit: de rage de vivre. Les plus grandes causes et les plus belles vies peuvent être construites sur la force intérieure que tu puises dans ton histoire. Ton secret n’en est plus un, il est à présent étalé au grand jour, il dérange sûrement, mais il n’est pas question de te culpabiliser ou de t’abaisser à penser que tu ne mérites pas ta place ou la parole: ton histoire est grande, tumultueuse et héroïque, et elle te donne l’audace, la force et la rage de vivre.

Personne ne devrait avoir honte de son histoire et la cacher aux yeux du monde parce qu’elle ne correspond pas à la norme, parce qu’elle défit l’entendement ou qu’elle heurte les sensibilités. Personne n’a le droit de te dire ce que tu devrais faire de ta vie au regard de ton histoire, toi seule décide et avance comme tu l’entends.

Que les autres doivent détourner le regard de ton secret parce qu’ils ne veulent pas prendre part à ton combat, c’est une chose. Souvent ils ne se rendent pas compte à quel point leur soutien serait libérateur, ils ne comprennent pas, il sont perdus, et il faut bien leur accorder ça: tu as eu le temps de t’habituer à la présence de ce secret, tu as appris à vivre avec, mais pour eux c’est nouveau.

Personne n’est préparé à affronter un lourd secret, on se dit que ça n’arrive qu’aux autres, dans les familles déjà vouées à la misère, dans les quartiers défavorisés, dans les pays du tiers monde, mais certainement pas dans la maison fleurie ou bout de la rue, pas à cette petite fille souriante si bien élevée, pas dans cette famille qui a tout pour être heureuse, pas chez nous.

« Si tu n’es pas là lors de mes combats, n’espère pas être là lors de mes victoires. »

Voilà, tu le sais maintenant. Les héros de ta vie peuvent chuter de leur piédestal en l’espace de quelques mots et la seule personne capable de se battre pour se relever: c’est Toi. C’est toi qui deviendra leur héroïne, par ta capacité à te relever, ta force et ton courage. A partir de maintenant, c’est toi qui mène la danse.

Au fil du chemin, tu trouveras d’autres personnes qui comme Toi ont vu chuter des héros, des Femmes fortes qui t’apporteront leur soutien sans faillir, et si tu cherches ce genre d’expérience, Coin de Bonheur est là pour toi.

Je suis passé par là moi aussi, je me suis heurtée au silence, j’ai dû me relever, regarder mes héros s’effondrer, affronter mes peurs, trouver des solutions et d’autres personnes pour m’aider, et j’ai réussi. Je mesure aujourd’hui que le soutien est primordial, et que quand il ne vient pas des personnes à priori désignées d’office, ce n’est pas un obstacle à la victoire. On peut trouver d’autres personnes, qui savent, qui écoutent et qui peuvent nous aider à devenir une héroïne.

Au plaisir de faire ta connaissance: en commentaire, en t’inscrivant sur le blog, sur le groupe Facebook ou lors d’un rendez-vous Déclic Morning pour rencontrer d’autres héroïnes.

Faites circuler!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.