Phobie scolaire ou comment j’ai passé le BAC à 32 ans


Ma Résilience / mardi, mars 13th, 2018

Mais d’où vient la phobie scolaire?

Mon lycée n’était pas des plus accueillants. N’importe qui aurait pu faire une phobie scolaire juste en le regardant. Une cour enfermée entre 4 bâtiments de plusieurs étages, une immense porte en bois sculptée qui se refermait lourdement, son manque de grâce lui avait valu le doux surnom de « prison » parmi les élèves qui le fréquentaient, et mêmes ceux qui n’y allaient pas.

Je pourrais te dire que c’est l’austérité du bâtiment qui me rebutait au point de ne pas pouvoir en franchir le seuil, et je préfèrerais d’ailleurs, je t’assure. Mais non, ce n’était pas ça. C’était bien une phobie scolaire. Je ne pouvais pas, physiquement, y entrer, sous peine de me décomposer sur place.

J’ai arrêté le lycée en classe de Première, j’ai été déscolarisée pendant à peu près un an, avant de m’inscrire en CAP. Ça a été un calvaire, mais par chance, j’avais l’avantage d’être plutôt bonne à l’école. Et malgré ma phobie scolaire, j’ai réussi à obtenir mon CAP esthétique en ne me présentant aux cours que très rarement.

Le plus aberrant ? A l’époque, personne ne m’a parlé de phobie scolaire. Je crois que la notion n’existait pas encore. Non, j’étais juste fainéante dans le pire des cas, ou dépressive pour être plus sympa.

Toujours est-il que je n’avais pas le BAC, et que ça a fini par me poser problème.

Pourquoi j’avais une phobie scolaire ?

Je suis la petite dernière d’une fratrie de 3 enfants. Mon frère et ma sœur sont respectivement âgés de 14 et 12 ans de plus que moi. Autant te dire que j’ai été élevée toute seule.

Mes parents avaient des entreprises. Ils ont connu la galère, mariés jeunes, avaient vécu leurs premières années de couple dans le grenier de mon grand-père, à gratter le givre sur le carreau intérieur pendant que mon frère aîné dormait avec des moufles. On peut donc comprendre qu’ils aient décidé de dédier leur vie à s’en sortir et à offrir à leurs enfants le confort et la sécurité financière qu’ils n’avaient pas eus.

Comme ils étaient très occupés, je passais le plus clair de mon temps chez une nourrice. Elle était mariée, c’était un couple d’un certain âge, qui cultivait des patates dans le jardin et qui offraient à mon père un coup de rouge dans la cave quand il venait parfois me chercher.

Ils m’emmenaient même en vacances à la mer avec eux car mes parents ne pouvaient pas se libérer au rythme des vacances scolaires. Quand il y avait école, ma mère me déposait au portail de l’école primaire le matin avec mon vélo, et ma nourrice venait me chercher, me faisait goûter, dîner, faire mes devoirs et m’occupait avec les chats et la dinette.

Rien ne pouvait laisser présager des horreurs que je vivais. Personne ne pouvait se douter que je gardais un gros secret, et que je ne réalisais pas du tout qu’il ne s’agissait pas d’un jeu innocent, comme on voulait bien me le faire croire à l’époque. Je n’avais pas encore de phobie scolaire.

J’étais la seule enfant qu’ils gardaient, j’avais très peu d’activités extra scolaires. Ma mère avait bien essayé de me mettre à la danse classique, mais ma timidité maladive rendait les choses difficiles. Elle avait quand même réussi à me faire prendre des cours de piano, mais avec un professeur qui venait à la maison.

Je passais donc mes fins de journée, soirées, mercredis, parfois même des nuits quand les réunions de travail de mes parents finissaient trop tard, et mes vacances scolaires, avec ma nourrice et son mari. Pendant longtemps, ma mère l’a avoué sans peine : ma nourrice avait été ma deuxième maman. Elle lui faisait toute confiance.

Quand elle a su des années plus tard que son mari m’avait fait subir des sévices sexuels pendant 10 ans, ma deuxième maman a lourdement chuté de son piédestal, et ma seule et unique maman a dû accuser le coup de la trahison.

Un jour au cours d’une séance chez ma psychothérapeute, j’ai évoqué ma phobie scolaire. Ma psy m’a dit quelque chose que je n’avais jamais réalisé : c’était directement lié à mon traumatisme.

En grandissant, j’avais compris que ce que j’avais vécu n’était pas normal. C’est seulement vers l’âge de 11 ou 12 ans je crois, quand je n’allais déjà plus chez ma nourrice depuis un ou deux ans, que j’ai réalisé la gravité de la situation, en commençant à entendre parler de pédophilie. A mon époque, on ne parlait pas encore de pédophilie aussi ouvertement que maintenant, mais ce n’est pas pour ça que le problème n’était pas déjà trop répandu.

Du coup, en grandissant, j’ai associé l’école à mon traumatisme. Quand je me rendais en cours, je me rendais à l’école, mais inconsciemment je me rendais aussi chez ma nourrice, et ça a posé un problème à mon subconscient, ce qui a déclenché ma phobie scolaire. Mon cerveau refusait que je me rende à l’école, car il savait ce qui m’attendait quand j’allai en sortir. Il a construit sa petite histoire tout seul, oklm, sans m’en toucher un mot.

Le temps de la revanche sur la phobie scolaire

A 32 ans, j’ai voulu changer de boulot. Je voulais une meilleure situation, une meilleure entreprise, bref, j’avais besoin d’évoluer. J’avais la ferme intention de devenir assistante de direction. Mais avec un CAP esthétique, et sans le BAC, je te laisse imaginer comment mes candidatures étaient accueillies.

J’ai donc décidé de faire un bilan de compétences pour faire le tri. Je me sentais bloquée, je trouvais ça injuste de payer encore aujourd’hui pour une phobie scolaire vécue dans l’adolescence. C’est suite au bilan de compétences que j’ai décidé de prendre mon subconscient entre quatre yeux, et de m’inscrire à l’université pour aller passer mon BAC. Plus exactement, pour aller passer mon DAEU A (Diplôme d’accès aux études universitaires option littéraire).

Je l’ai eu, avec mention bien, j’avais 32 ans.

Je te raconte cette histoire parce que la phobie scolaire est un sujet plutôt jeune. Si tu as été victime de maltraitance dans l’enfance, que tu es dans la trentaine et que tu as dû quitter l’école avant le BAC par exemple parce que cela t’angoissait, peut-être que personne ne t’a dit que tu avais pu faire une phobie scolaire. Et plus important, il existe des solutions si tu as besoin de reprendre des études.

Certaines formations ne sont accessibles qu’avec le BAC, et ne pas l’avoir peut te poser problème. Je te conseille de te renseigner auprès des universités autour de chez toi pour leur demander s’ils ont mis en place des cours pour passer le DAEU. Tu peux passer une filière A-comme littéraire (oui, je n’ai pas compris non plus) ou B- comme scientifique (voilà voilà).

J’ai très bien vécue cette expérience de reprises d’études. Elle m’a redonnée un vrai coup de boost, j’ai repris confiance en moi, j’ai réussi à vaincre ma phobie scolaire et en plus j’ai appris des choses, c’était super sympa.

C’est d’ailleurs grâce à cette année de DAEU que j’ai pu faire un an de psychologie, car mon université proposait cette matière en option. Ce n’est pas comme le BAC au lycée, tu passes 4 matières : 2 obligatoires (le français et une langue vivante pour la filière littéraire) et 2 en options au choix. Pour les options au choix, cela dépend des universités.

Bilan de ma reprise d’études à l’âge adulte

Je suis contente que cette expérience ait contribuée à la construction de ma nouvelle vie. Ça n’a pas toujours été facile car je travaillais à temps plein à côté, mais ça valait le coup. C’est une immense source de fierté pour soi-même que de réussir, même 20 ans après, à passer au-dessus de sa phobie scolaire, et j’ai l’intime conviction que le fait d’avoir compris d’où venait cette phobie scolaire m’a permis de la vaincre.

Je crois qu’arrivée à un moment, il faut savoir regarder ses démons droit dans les yeux et leur dire que leur règne est terminé. C’est important de construire des nouvelles choses pour avancer dans la vie, mais c’est parfois aussi important d’aller régler des choses du passé en prenant une belle revanche.

Je ne trouve pas cela spécialement utile d’aller se confronter au passé juste pour s’y confronter, sans but précis, sans objectif. Il y a une expression que j’aime beaucoup de Corinne Van Loey qui dit « savoir qu’un tuyau est percé ne l’a jamais réparé. » J’adore cette image parce qu’elle est très parlante. La belle jambe de savoir que tu as eu une phobie scolaire, si cela ne te pose aucun problème dans ta vie personnelle ou professionnelle aujourd’hui, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller te replonger dans la souffrance du passé en essayant de la comprendre. Par contre, si cela t’ennuie aujourd’hui, met à mal ta confiance en toi, ou ta carrière, alors tu as un vrai but pour essayer d’y remédier.

Rappelle-toi toujours de ça : tu n’es pas obligée de souffrir en allant analyser le passé si tu n’as pas de raison valable de le faire.

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