Résilience : reprendre le cours de sa vie après un traumatisme (Boris Cyrulnik)


Ma Résilience / jeudi, mars 22nd, 2018

Compte-rendu de recherches sur la résilience

Il y a quelques temps je t’expliquais que j’avais découvert le concept de résilience, dans cet article.

Je me suis donc documentée, j’ai lu pas mal de livres et j’ai également suivi une formation de Boris Cyrulnik, afin d’aller au plus profond des choses et de pouvoir t’en parler.

J’ai appris beaucoup de choses et je ne peux pas tout retranscrire dans cet article, je me suis donc concentrée sur mon sujet de prédilection : la maltraitance infantile et la résilience à l’âge adulte.

Toutes les informations proviennent de la formation et des livres (que tu trouveras dans cet article) de Boris Cyrulnik.

S’agissant d’un sujet complexe, et ne voulant pas dénaturer les propos de l’auteur et expert, certains passages sont la retranscription exacte des termes qu’il emploie. Dans un souci de facilité de lecture, je n’ai pas systématiquement indiqué ces passages par des guillemets.

Sommaire

Définition de la résilience
Capacité à entrer en résilience
La résilience et la génétique
Ce qui empêche de devenir résilient
Ce qui favorise la résilience

Définition de la résilience

La résilience, c’est une manière de reprendre un développement après un traumatisme. Le traumatisme fait toujours partie de ta vie, tu ne l’oublies pas, mais il devient le nouvel organisateur de ton développement, en particulier du développement de ta personnalité. La mémoire n’est pas oubliée, mais on ne s’y soumet plus.

Capacité à entrer en résilience

Dès le plus jeune âge, alors même que nous sommes encore dans le ventre de notre mère, nous développons notre capacité future à la résilience. Dès les dernières semaines de grossesse, le bébé entretient une communication avec sa mère par le biais de sa voix qu’il est en mesure de percevoir, et vers laquelle il va d’ailleurs instinctivement tourner la tête dès les premières heures qui suivent sa naissance. Si la mère ne parle pas, le bébé va développer une autre forme d’attachement par le biais de l’odeur par exemple, qu’il peut sentir au travers du liquide amniotique.

Dans un contexte favorable, l’enfant développera un attachement secure (cela représente deux enfants sur trois). Cet attachement secure inclus un attachement à sa mère, mais aussi à d’autres personnes comme son père, les frères et sœur et aussi les professionnels de la petite enfance pouvant être amenés à s’occuper de lui. Si l’enfant développe un attachement secure et multi-affectif, il gardera toujours en mémoire l’idée que l’on peut souffrir, mais aussi que, puisqu’il se sait aimé, il s’en remettra.

Si l’enfant ne peut pas développer cet attachement secure (c’est le cas quand il y a maltraitance), il aura du mal à se tranquilliser, à demander de l’aide en cas de besoin et laissera plus facilement la situation s’aggraver. Il sera plus vulnérable, et la résilience ne sera possible que si l’environnement affectif est réorganisé et qu’on lui donne un tuteur de résilience, comme par exemple une autre personne à aimer, afin qu’il puisse acquérir un lien de familiarité.

Lorsque les deux parents sont maltraitants, 90% des enfants développent un attachement insécure, contre 50 à 60% quand un seul des parents est maltraitant. Cette affectivité insécure se présente sous la forme de relations évitantes, distantes, confuses ou ambivalentes comme agresser ceux que l’on aime par exemple.

Des études ont démontré qu’au delà de trois semaines d’isolement, notre cerveau se met à fondre, il s’atrophie physiquement. Et cela ne se produit pas uniquement pendant l’enfance ! Même à l’âge adulte, si nos conditions de vie créent un isolement, notre cerveau réagira de la même façon, entraînant des troubles cognitifs comme l’anxiété par exemple. Malheureusement, nos sociétés modernes ne favorisant pas la vie en communauté mais plutôt l’isolement, il est très fréquent de passer plusieurs semaines sans entrer en contact avec personne, nous devenons tous des proies de plus en plus faciles pour les troubles cognitifs : stress, angoisse, dépression etc.

Une personne isolée trop longtemps ne sécrète plus d’ocytocine. L’ocytocine est une hormone responsable, en outre, de la capacité à jouir des petits bonheurs, des petits plaisirs de la vie. En revanche, le cerveau se met à sécréter une autre substance fortement toxique pour notre corps et qui provoque un sentiment, un goût d’amertume de la vie permanent. Plus on reste dans l’isolement longtemps, plus la résilience sera difficile.

La résilience a donc des limites. En fonction de la personne, de son développement et de ses conditions de vie, de la structure de son milieu, la résilience sera plus ou moins difficile.

La résilience et la génétique

La résilience dépend du moment où a eu lieu la blessure, mais aussi de la génétique. Certaines personnes sont très émotionnelles par nature. Plus facile à blesser, elles sont également plus facile à aider car elles saisiront volontiers une main tendue.

La raison de cette facilité, ce sont les transporteurs de sérotonine. Lorsqu’on manque de ces transporteurs, cela engendre une grande émotivité, mais ce n’est pas une maladie ! 15% d’entre nous présentent cette particularité génétique.

Les 85% restant, ceux qui possèdent beaucoup de transporteurs de sérotonine, sont plus difficile à stimuler, peu émotionnels et ont tendance à ne pas appeler à l’aide en cas de besoin. Ils préfèrent rester seul dans leur coin et afficher publiquement que « tout va bien », plutôt que d’accepter de se faire aider.

La génétique peut certes être un facteur de résilience, mais ça ne fait pas tout !

Un petit transporteur de sérotonine qui sera élevé dans une famille stable et développera des attachements secures pourra apprendre à contrôler ses émotions au fil du temps. Et inversement, un gros transporteur de sérotonine placé dans un environnement dysfonctionnel et entouré de conflits, disputes et malheur va rapidement devenir hyperémotif, alors qu’au départ il ne l’était pas génétiquement.

Ce qui empêche de devenir résilient

Dans certaines familles, on empêche la résilience. On va par exemple demander au blessé de ne pas parler de ses souffrances, de passer à autre chose et de garder le silence. La résilience est alors plus difficile.

C’est également plus dur si l’agresseur fait partie de la famille, car le blessé ne sait pas à qui attribuer la faute. L’agresseur n’a pas rempli son rôle de protecteur, le blessé a été trahi, parfois rendu complice en lui demandant de garder le secret ou en lui offrant des cadeaux contre son silence, rendant la résilience plus compliquée.

Le manque de soutien affectif après le traumatisme est également un facteur rendant difficile la résilience.

Certains mécanismes de défense sont également de sérieux freins. Ces mécanismes sont mis en place par notre subconscient. Il s’agit par exemple de la régression (se comporter comme un bébé, un enfant), l’hypocondrie, l’agressivité, l’isolement ou encore les crises de délire.

L’isolement sensoriel, le non-sens (incapacité de faire le récit de son histoire) ou le sentiment de honte menant à la désocialisation sont des empêcheurs de résilience.

Ce qui favorise la résilience

On constate que les personnes résilientes font quelque chose de leur blessure : elles la partagent par la parole, l’écriture, la peinture, le théâtre, la vie associative etc.

Lorsqu’on fait quelque chose de sa blessure, on apprend à la maîtriser. Le simple fait de parler de ses émotions avec quelqu’un modifie totalement la manière dont on ressent notre traumatisme.

Le soutien affectif après le traumatisme est primordial : être là pour écouter au besoin, dire au blessé qu’il peut prendre son temps pour en parler, juste le visiter pour prendre un café. Certaines personnes vont parler tout de suite du traumatisme, d’autres préféreront prendre leur temps avant de s’exprimer. Il n’y a pas une meilleure façon de faire qu’une autre, l’important est de proposer un soutien affectif.

Les mécanismes de défense favorisant la résilience sont : la mentalisation (raconter son histoire, faire un récit, trouver un porte-parole), l’humour, l’intellectualisation et la créativité.

L’art joue un rôle majeur dans la résilience. Raconter son histoire en créant un personnage ou un support créatif qui sera le porte-parole de nos souffrances est un formidable moyen de permettre le processus de résilience.

Le déni est un mécanisme temporairement acceptable, mais on doit en sortir pour accéder à la résilience.

Faites circuler!

3 réponses à « Résilience : reprendre le cours de sa vie après un traumatisme (Boris Cyrulnik) »

  1. Chère Élodie,
    Je viens de découvrir ton blog via Hellocoton, et je suis contente de cette jolie découverte ! Je suis très touchée par ton témoignage car j’ai vécu ces souffrances suite à un viol dans mon enfance. J’ai également ouvert mon blog « Les Résilientes » il y a 1 mois, il parle de renaissance & résilience, comment se reconstruire et vivre après un viol. Ancienne victime, je suis très heureuse aujourd’hui. Je témoigne comme tu le fais de mon parcours personnel sur le chemin de la guérison. Merci pour ton blog car ces témoignages restent encore assez rares, et c’est avec plaisir que je suivrai ton blog:)

    1. Anya, mille fois merci pour ton commentaire et quelle joie de trouver quelqu’un qui a la même démarche que moi! C’est avec grand plaisir que je visiterai également ton blog! Les témoignages sont en effet rares, et pourtant c’est tellement important d’en parler! Bravo à toi pour ton courage et au plaisir de te recroiser sur le chemin de la résilience!

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