Somatisation ou comment mon corps a décidé qu’il était temps de dire stop


Ma Résilience / lundi, mars 12th, 2018

C’est quoi, la somatisation?

La somatisation, c’est la manière qu’utilise ton corps pour attirer ton attention sur ce qui se passe dans ta tête. Dans le langage courant, on fait parfois référence à la somatisation : en avoir plein le dos, avoir besoin d’air, ne pas digérer un événement, sont autant de représentations du phénomène de somatisation.

La somatisation est un processus inconscient et reconnu par le corps médical. Quand un symptôme physique comme le mal de dos, l’eczéma, les brûlures d’estomac ou encore les mycoses gynécologiques ne peut pas être médicalement expliqué, on peut alors en conclure que le problème est situé au niveau psychologique.

Quand on est face à la somatisation, on peut agir sur les symptômes pour les atténuer avec des médicaments adaptés à la situation, mais si on ne fait pas concrètement un travail au niveau psychologique, il y a de fortes chances pour que les symptômes finissent par revenir.

Je voudrais partager avec toi un épisode de somatisation que j’ai vécu et qui a bouleversé ma vie.

La somatisation a changé ma vie

Je n’étais plus trop épanouie dans mon travail à l’époque. J’avais découvert le phénomène bore-out et je dois t’avouer qu’il correspondait bien à ce que je vivais.

Je n’avais plus aucune motivation pour me rendre au bureau, je ne trouvais aucun sens à ce que j’y faisais, et en plus j’étais souvent toute seule, ce qui commençait à me poser problème psychologiquement parlant.

En fait, la quantité de travail était mal répartie sur l’année, si bien que le premier semestre était hyper calme, de longues journées solitaires ou nous n’osions même pas nous appeler avec mon patron tellement il n’y avait rien à faire ni à dire, et un second semestre à l’exact opposé où nous n’avions pas une minute pour souffler, où tout nous tombait dessus, où il fallait tout gérer en même temps et où le sort de l’entreprise se jouait en quelques semaines.

Je passais donc d’un extrême à l’autre tous les six mois, du bore-out au burn-out. Au cours de la quatrième année, je n’ai plus réussi à gérer ce contraste.

Tout a commencé un après-midi au bureau.

Nous étions au cœur du premier semestre de l’année, il n’y avait donc pas grand-chose à faire. J’étais en train de préparer des dossiers, d’imprimer des documents et de fabriquer des pochettes individuelles pour les stagiaires d’une formation que nous organisions quelques jours plus tard.

Tout en faisant mon petit bazar, j’ai pensé à quelque chose et, pour ne pas l’oublier, je me suis dit que j’allais le noter vite fait.

J’ai fait un pas de côté vers mon bureau, j’ai attrapé un bout de papier et un crayon, je me suis légèrement penchée en avant pour écrire…Et ma vie a basculée.

Un choc électrique a parcouru mon dos, des reins jusqu’à la nuque. Mes jambes ont cédé sous le poids de la douleur. Je me suis rattrapé de justesse au bord du bureau. J’ai senti mon estomac se soulever, j’ai arrêté de respirer.

J’ai essayé de me relever, mais une deuxième secousse m’a mise à terre, littéralement. J’étais à quatre pattes sur le sol, paralysée par la peur et la douleur.

Je me suis laissé tomber sur le côté, j’ai roulé sur le dos, et j’ai observée, impuissante, le plafond du bureau depuis le sol glacé, et senti les muscles de mon dos se contracter, minutieusement, un par un.

Je n’avais plus aucun contrôle sur la situation. Je sentais mon corps se raidir, sans rien pouvoir faire. J’avais peur, j’étais seule et je savais que personne ne viendrait à mon secours car je ne recevais aucune visite.

Je suis restée là pendant de longues minutes, osant à peine respirer tellement j’avais peur de déclencher une autre décharge. Je bougeais mes doigts de pieds de temps en temps, et mes mains, pour m’assurer que je n’étais pas complètement paralysée.

Au bout d’un certain temps, j’ai commencé à réfléchir. Il fallait que je me sorte de là. J’ai fermé les yeux, j’ai essayé de respirer calmement et de bouger mes membres les uns après les autres. Il fallait que je sache quels mouvements je pouvais faire sans me faire trop mal, et ceux qui m’étaient interdits. J’ai fini par rouler doucement sur le côté, et avec précaution, en bougeant le plus lentement possible, en m’accrochant au bord du bureau, j’ai réussi à m’asseoir sur ma chaise.

Je me suis calée au fond, je n’osais plus bouger. Je suis restée comme ça pendant quelques minutes. Je sentais les battements de mon cœur résonner comme une grosse cloche très lourde dans ma tête, et dans mon dos. J’ai envoyé un message à mon homme pour lui dire que je rentrais à la maison et que je m’étais coincé le dos.

Ce n’était pas la première fois que je me retrouvais coincée, j’étais déjà sujette aux crises de sciatiques, mais une douleur comme celle-là, je n’avais jamais eu ça.

J’ai commandé un Uber, j’ai appelé mon patron pour lui dire que je rentrais avant d’être complètement incapable de bouger. Je sentais que la situation allait encore s’aggraver, que c’était une question de quelques heures, que dès que mes muscles seraient complètement refroidis, j’allais pouvoir mesurer l’ampleur des dégâts.

J’ai réussi à rentrer chez moi et à me hisser sur le lit, en attendant le retour de mon homme. J’étais épuisée, je me suis endormie presque tout de suite. Quand mon homme est rentré, il m’a trouvé là. Il a voulu appeler le médecin, j’ai préféré attendre le lendemain matin. Je voulais conserver ce petit espoir : peut-être qu’une bonne nuit de sommeil me permettrait de récupérer. Bonjour le déni.

Le lendemain matin, sans grande surprise, je n’ai pas réussi à sortir du lit. Le moindre mouvement déclenchait une douleur que je ne pourrai jamais expliquer par des mots. J’étais complètement paralysée, de la nuque jusqu’au bassin. Le médecin est venu. J’étais en train de faire un joli coup double : sciatique et lumbago en même temps. Il n’y a pas de traitement pour ça : le repos, le temps, et se relaxer.

Le verdict était clair : j’en avais plein le dos ! Ma tête en avait plein le dos ! Mon corps en avait plein le dos ! Et visiblement…Tout ce petit monde avait besoin de le faire savoir !

Convalescence

Mon homme a dû poser plusieurs jours pour rester avec moi. Je prenais des doses de cheval d’antidouleurs. Je faisais des crises de larmes, mêlées de crises de fou rire. Chaque spasme de sanglot ou de rire provoquait une douleur atroce. J’étais une boule de nerfs à vifs, je tremblais, pleurait, riait, j’avais peur, incapable de savoir ce que je ressentais vraiment. Je me vidais de toutes les émotions que j’avais accumulées. Je ne saurais pas te dire lesquelles exactement, mais je sentais que mon corps expiait, dans le sens le plus propre du terme. Je me suis vidée.

Je suis restée dans cet état pendant 3 semaines, prisonnière de mon propre corps qui avait pris le contrôle. J’ai pu marcher à nouveau correctement après 6 mois. Entre les deux, chaque jour était un nouveau combat.

Et là où la somatisation a fait son entrée dans ma vie, c’est quand le scanner n’a rien révélé du tout. J’avais bien un disque légèrement écrasé, qui avait déjà été remarqué quand j’étais adolescente, mais pas de quoi me mettre dans cet état.

Mon corps me rappelait à l’ordre avec la seule technique qui lui restait à disposition pour que je daigne l’écouter : la somatisation.

Reprendre ma vie en main

C’est pendant cette période que j’ai décidé de reprendre ma vie en main. Il fallait que je remette du sens dans ma vie, et pour moi, la première étape était de me sortir de mon boulot, pour pouvoir commencer à construire autre chose et reprendre le contrôle de mon temps, de mes activités, de mes priorités, de ma vie.

J’ai tout d’abord demandé à passer en télétravail pour pouvoir reprendre le boulot au bout d’un mois. J’aurais pu, et j’aurais dû, rester en arrêt maladie. Malheureusement, il s’agissait d’une petite boîte, et j’avais la charge de plusieurs dossiers que j’étais la seule à gérer. J’avais honte de mettre l’activité en péril, « tout ça parque j’étais malade ».

Avec du recul, je me dis que j’ai été bien naïve. Je travaillais depuis chez moi, harnachée dans ma ceinture lombaire et tributaire de ma bouillotte, de ma codéine et de ma cortisone pour pouvoir aller m’asseoir à mon ordinateur. Je pouvais rester 20 minutes maximum assise, au-delà, je tombais par terre, littéralement : mes jambes cessaient de fonctionner. Mon corps me disait : « couché j’ai dit ! », et je ne pouvais pas le contredire.

J’ai réussi à négocier une rupture conventionnelle, et j’ai fermé définitivement la porte de mon bureau fin juillet 2017. Ça a été une des meilleures décisions de ma vie.

Un cas isolé?

Mon histoire n’est pas un cas isolé. Avec le temps, j’ai compris que cet épisode de ma vie avait été une sonnette d’alarme lourdement actionnée par mon corps pour m’indiquer qu’il était temps que je m’occupe de lui, de moi, de nous.

Depuis que j’ai compris le principe de la somatisation, je chouchoute mon corps. Et le plus marrant, c’est qu’à la moindre contrariété, il me nargue en m’envoyant des petits messages : une petite décharge dans les reins, une légère tension… La menace plane.

Mais aujourd’hui, j’ai appris à l’écouter, et quand je commence à ressentir une petite pointe de douleur ou une raideur s’installer, je prends le temps de m’en occuper.

Mais attention, pas en avalant un antidouleur pour lui dire de se taire, non, en prenant le temps de me poser, de réfléchir à la situation et à ce qui nous chagrine, on discute, calmement, on trouve des solutions ensemble. Et tu sais quoi ? Ça marche plutôt pas mal.

Après ma rupture conventionnelle, j’ai repris le sport (modéré hein, je n’avais pas fait de sport depuis 20 ans et mon dos me rappelle à l’ordre quand même), je me suis mise à la méditation, j’ai perdu 10kg sans vraiment faire de régime. On a changé le matelas du lit aussi, histoire de faire des nuits plus douces pour les articulations., et j’ai été voir un ostéopathe qui m’a beaucoup aidé à retrouver la mobilité.

J’ai réfléchi et je me suis rendu compte qu’en fait la somatisation m’avait accompagnée toute ma vie: j’avais toujours eu mal au dos, j’avais toujours eu des kilos en trop avec lesquels je faisais le yoyo, j’avais toujours mal quelque part.

Mon malaise psychologique avait toujours résonné dans mon corps, et j’avais pris ça pour une fatalité, une santé fragile incurable. Je peux te le dire aujourd’hui, c’est loin d’être une fatalité, et si toi aussi tu as toujours « mal quelque part » sans pouvoir l’expliquer (cela englobe aussi les problèmes de peau comme le psoriasis, les allergies etc.), tu peux t’en sortir si tu rétablis la communication avec ton corps et ton mental.

La somatisation est un sujet sérieux. Je trouve qu’on ne prend pas assez de temps pour écouter ce que nous dit notre corps. Pourtant, il est le premier au courant de ce qui ne va pas. Il est le siège de nos expériences, de nos ressentis, de nos douleurs morales et physiques, il devrait être le premier à être consulté, et écouté. Il a le pouvoir de te dire si ce que tu fais est aligné avec ce que tu veux être, avec tes valeurs.

Il est le vaisseau qui t’accompagnera toute ta vie, on ne peut pas en changer et les pièces de rechange ne se trouvent pas sous le pied d’un cheval : n’oublie pas de t’en occuper !

Image d’illustration Designed by Freepik

 

Faites circuler!

3 réponses à « Somatisation ou comment mon corps a décidé qu’il était temps de dire stop »

  1. […] Entre temps j’ai déclarée une hernie discale que j’ai réussi à maîtriser grâce à différents outils et sans chirurgie (je te parlais des méthodes utilisées ici, et plus particulièrement de la décompression neurovertébrale). Avec du recul, je suis persuadée que si je ne m’étais pas arrêtée en route, je n’aurais pas souffert de cet atroce mal de dos: d’un point de vue physiologique mes muscles auraient permis de mieux tenir ma colonne vertébrale, d’un point de vue psychologique je n’aurais peut-être pas somatisé de la même façon. […]

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