VAE: quand 10 années de vie professionnelle atypique ne méritent pas un BAC+2


Ma Résilience / lundi, avril 23rd, 2018

VAE: le sésame vers une nouvelle vie professionnelle

Lorsque j’ai commencé à réfléchir à ma vie et à mon parcours professionnel, j’ai passé des nuits blanches à me poser la fameuse question: qu’est ce que je vais faire? C’est seulement après un bilan de compétences, une reprise d’études pour aller passer le BAC à l’âge de 32 ans (je t’en parlais ici) et une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) que j’ai pris conscience de ma valeur, toujours pas reconnue à ce jour.

On ne va pas se mentir, j’ai un parcours professionnel atypique. Je le sais, je sais qu’il fait parfois peur, je sais même que parfois il fait des jaloux et que j’ai mis longtemps à réaliser la force de ce parcours. Pourquoi? Parce que comme bien souvent dans ma vie je sors des cases, et quand on sort des cases, on a du mal à trouver sa place.

Pourtant, tout semblait aller comme sur des roulettes. J’avais minutieusement préparé mes livrets de VAE avec l’aide d’une personne spécialisée dans l’accompagnement de cette démarche, nous avions étudié mon parcours et basé le dossier sur mon poste en cours, au regard du référentiel de formation j’avais toutes les qualités et les aptitudes requises…Cela n’a rien changé: on a refusé de me donner mon diplôme.

Mon dossier de VAE

J’étais en poste depuis 4 ans en tant qu’assistante de Secrétaire Général, et mes tâches relevaient de l’organisation, du suivi et de la prise en charge de dossiers importants. J’aidais mon supérieur à préparer ses réunions, je faisais même des présentations moi-même pour donner des idées, je m’occupais seule du département formation de l’entreprise et j’organisais des sessions partout en France toute l’année, j’étais aussi commerciale pour les annonces publicitaires et cerise sur le gâteau: je gérais seule le site Internet et la communication digitale.

C’est donc tout naturellement que j’ai rapproché mes activités du BTS assistante de manager, diplôme estampillé BAC+2, qui m’aurait sans doute aidée à passer à la vitesse supérieure et à retrouver un poste à la hauteur de mes ambitions et de mes capacités.

Mon parcours avant la VAE: la France accrochée au bout de papier

Mais qu’avais-je fait comme diplôme pour en arriver à occuper un poste multitâches?

Tu vas rire: j’avais un CAP esthétique cosmétique quand je suis arrivée dans la boîte, mais mon parcours et les postes que j’avais occupés avant de me présenter avaient éveillé la curiosité de cette petite entreprise mi société mi association. Je revenais d’Inde où j’avais été Business Manager pendant 2 ans avec 250 personnes à former et gérer au quotidien, et le reste de mon passé professionnel était constitué de responsabilités multiples, souvent à l’étranger, en plus de mon anglais courant.

Je suis une autodidacte qui s’assume: j’apprends beaucoup de choses, par moi-même, pour moi-même et je suis toujours à la recherche de quelque chose de nouveau à ajouter à mon champ de compétences. Le problème: je n’ai jamais validé ces connaissances avec les diplômes officiels, et je me retrouve donc avec un CV bien fourni en expériences et un diplôme souvent qualifié de médiocre, ce qui en France a le don de te foutre toute perspective professionnelle aux oubliettes.

J’insiste là-dessus car c’est un fait: tant que j’étais à l’étranger, je n’ai jamais eu de problème pour trouver du boulot et obtenir des postes à responsabilités. Dès que je suis revenue en France, la seule chose qui intéressait les employeurs potentiels, c’était mon diplôme. Ce n’est qu’en intégrant une toute petite structure, où j’endossais facilement plusieurs casquettes, où j’apprenais sur le tas pour faire avancer le schmilblick, que j’ai pu subvenir à mes besoins et survivre pendant 4 ans.

Le hic: je faisais beaucoup de choses et tout le monde avait compris que j’étais capable d’apprendre vite et d’endosser des responsabilités, mais le nerf de la guerre ne suivait pas, j’étais toujours payée comme une esthéticienne à la sortie de l’école, et je commençais à en avoir marre de tirer le diable par la queue tous les mois.

Dénouement de ma VAE

C’est là-dessus que j’ai décidé de faire bouger les choses. Je suis partie en quête d’une solution qui me permettrait de faire reconnaître mes compétences et d’enfin passer les premières barrières de recrutement, la VAE est vite apparue dans le paysage.

Le jour de l’oral de validation du diplôme, je me suis retrouvée face à 3 personnes pour exposer mon parcours. Sur ces 3 personnes, une seule a mené la danse et j’ai très vite compris que quelque chose clochait. Ses deux acolytes ne m’adressaient pas un mot ni même un regard, mais avec les yeux mi-clos, c’est moins facile. J’avais passé une année de ma vie à préparer ces 30 minutes décisives, à rédiger un mémoire de 150 pages et très clairement tout le monde s’en foutait.

J’ai exposé mon parcours professionnel et répondu aux questions pendant 40 minutes. J’ai expliqué que je prenais des responsabilités et des décisions, que j’exposais souvent des idées et des solutions pour améliorer les services, que mon responsable me laissait carte blanche pour presque tout, que je gérais mes dossiers en toute autonomie, et que j’avais un besoin viscéral de rejoindre une structure un peu plus grande et ouverte, où je pourrai trouver de vraies opportunités d’évolution et être reconnue à ma juste valeur.

La semaine suivante, le verdict est tombé: on me validait une partie seulement de mon diplôme avec la VAE car certains domaines du référentiel manquaient à mon expérience. C’est la note dans la case commentaire qui m’a fait passer de petite fille impatiente de voir ses résultats à Hulk en mode vénère: « Manque d’initiative ».

Manque d’initiative. Sérieusement. NON MAIS ILS SE FOUTENT DE…..!

La douche froide…Puis la rage

Je n’en croyais pas mes yeux, j’ai appelé mon accompagnatrice qui est elle aussi tombée de sa chaise, et qui m’a conseillé de me représenter l’année suivante car il s’agissait vraisemblablement d’un gros malentendu.

Je ne vais pas me représenter cette année, car j’ai compris et accepté la triste vérité: l’école de la vie ne vaudra jamais les bancs de l’école aux yeux de ceux qui les ont fréquentés, mais je suis tellement fière d’être une élève de l’école de la vie que la reconnaissance à coup de bout de papier m’est aujourd’hui parfaitement indifférente.

Merci de ne pas m’avoir donné ce diplôme, car j’avais perdu de vue qui j’étais en voulant absolument rentrer dans une case: une Femme Rebelle, une Amazone Survivante avec une vie atypique. On ne va pas se mentir, il m’a fallu quelques jours pour digérer l’affront, mais cette période d’incubation m’a permis de forger une rage et une détermination à toute épreuve.

Je ne rentre pas dans le rang? Parfait! Je vais donc en sortir définitivement. C’est aussi grâce à ça que Coin de Bonheur est né, que la communauté des Amazones Survivantes a pris vie et que j’ai décidé de mettre ma différence, ma vie, mon parcours, mes combats, ma rage et ma détermination au service de mes ambitions.

Je ne suis certes pas diplômée d’un BAC+2, mais je n’ai pas besoin de ce papier là pour contribuer à une belle et grande cause: rassembler les Amazones Survivantes et les aider à construire leurs Coins de Bonheur.

Aujourd’hui je me forme auprès de professionnels du développement personnel, en ligne ou en présentiel, j’élargie mon panel de connaissances pour construire mon propre référentiel, celui qui me ressemble et rassemble ce dont j’ai besoin pour avancer et faire avancer les autres, j’expérimente ce qu’aucun diplôme reconnu par l’état n’aurait jamais pu m’apprendre: la découverte de soi et de ses talents, la contribution au monde qui m’entoure, l’entraide, le soutien et comment faire de sa différence et de sa vie son métier sur-mesure, en sortant des cases.

Toutes différentes, toutes atypiques, toutes des guerrières: ne laisse personne te dire qui et ce que tu peux devenir.

Image d’illustration conçue par Freepik

Faites circuler!

2 réponses à « VAE: quand 10 années de vie professionnelle atypique ne méritent pas un BAC+2 »

  1. Hello ! j’avais aussi pensé à la VAE et puis… c’est comme pour plein de choses, c’est mal fichu, personne ne sait bien te renseigner et puis tu ne rentre pas pile-poil dans la case…
    Je crois qu’au final très peu de personnes vont au bout !
    Merci pour ton article et à bientôt,
    Lili

    1. Salut Lili! Oui c’est un gros travail, pas impossible! Mais parfois inadapté aux situations complexes et en particulier aux profils atypiques. Le problème c’est que le temps où l’on entrait dans une boîte pour faire le même métier toute sa vie jusqu’à la retraite est révolu, les manières de valoriser les nouveaux parcours devraient aussi suivre le mouvement!
      Au plaisir et merci pour ton commentaire!

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